Rachat de Warner Bros : David Ellison, le richissime patron de Paramount qui veut doubler Netflix

David Ellison, PDG de Paramount Skydance.
REUTERS - Jeenah Moon

David Ellison, PDG de Paramount Skydance.
REUTERS - Jeenah Moon
L’affaire était quasiment dans le sac. Le mastodonte américain du streaming Netflix a conclu fin de semaine dernière un accord de rachat de la société de production et de distribution Warner Bros. Discovery (WBD). Mais c’était sans compter les préoccupations émises par le président américain Donald Trump sur ce deal. Et surtout la contre-offre à 108 milliards de dollars d’un autre concurrent du secteur : Paramount.
Derrière la manœuvre de l’une des plus grandes sociétés de production du cinéma américain se cache son PDG, David Ellison. Ce quarantenaire n’est à la tête de Paramount que depuis cet été, après avoir finalisé, malgré quelques difficultés, une fusion de huit milliards de dollars avec sa propre société de production Skydance.
Paramount Skydance a soumis cinq offres à WBD, qui détient des franchises comme Harry Potter ou Games of Thrones. Mais Warner Bros Discovery a cependant préféré Netflix. « Notre offre est la plus élevée parmi celles qui sont sur la table », a pourtant argué le patron de Paramount Skydance, lors d'un entretien à la chaîne CNBC après sa toute dernière offre. Il faut dire que l’argent n’est pas un problème pour lui. Ce féru de cinéma n’est autre que le fils de Larry Ellison, le cofondateur d’Oracle, l’une des plus grandes entreprises de logiciels du monde. L’homme d’affaires, un proche de Donald Trump, a une fortune estimée à plus de 290 milliards de dollars, d’après Forbes.
Mais David Ellison n’est pas dans le cinéma uniquement pour l’argent, c’est un passionné. « J'ai créé Skydance parce que j'adore les films », a-t-il confié à GQ il y a dix ans. Il est baigné dans ce milieu depuis tout petit, avec une mère actrice, qui faisait regarder, à lui et à sa sœur, de nombreux films en VHS, rapporte le magazine.
Grand blond à la mâchoire carrée et au sourire hollywoodien, il commence à travailler dans le monde du cinéma en tant qu’acteur. Il joue notamment dans Flyboys, sorti en 2006, aux côtés de James Franco. Un film qu’il a coproduit. Si sa carrière ne décolle pas, il décide de quitter la lumière des plateaux pour se consacrer à part entière à la production de films.
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C’est en 2006 qu’il lance sa société Skydance. Un nom qui renvoie à sa passion depuis tout petit pour la voltige aérienne qu'il pratique puisque « sky dance » se traduit littéralement en français par « danse du ciel ». Ses débuts sont quelque peu chaotiques, mais à force d’acharnement il finit par décrocher des succès notables et à se forger une réputation à Hollywood. Il produit notamment le 4e film de la franchise Mission Impossible, des blockbusters comme Star Trek into Darkness ou encore G.I. Joe : Conspiration et relance Terminator en 2015. « Ce que j'admire chez David, c'est qu'il n'a pas peur de se retrousser les manches », n’avait d’ailleurs pas tari d’éloges Tom Cruise à son sujet, toujours selon GQ.
La fusion cet été entre Skydance et Paramount, qui traverse des difficultés financières en 2023, n’est que la continuité d’années de collaboration entre les deux sociétés de production. Elle place surtout David Ellison comme l’un des producteurs les plus influents. Paramount détient des grandes chaînes américaines comme CBS, MTV ou encore Nickelodeon, produit des séries cultes comme South Park ou Star Trek et n’est autre que le producteur du Parrain, du Titanic ou encore de Forrest Gump.
Si mettre l’argent sur la table n’a pas été un problème puisque son père a investi à ses côtés, le deal a toutefois été difficile à conclure. Outre les difficultés autour des négociations, l’autorité régulatrice des médias américains, la FCC, a mis près d’un an avant d’autoriser la fusion. La décision de Paramount de verser à Donald Trump 16 millions de dollars pour solder un litige après le montage d’une interview de Kamala Harris en 2024 sur CBS a également fait scandale. Des élus démocrates ont crié à la corruption alors que la fusion n'avait pas encore été approuvée. De son côté, Skydance s’est engagé auprès de la FCC à ce que la programmation à venir respecte « la diversité des points de vue de l’ensemble du spectre politique et idéologique ».
Des obstacles qui n’ont pas arrêté David Ellison. Il veut relancer Paramount, chahuté par les changements majeurs de l’industrie avec l’arrivée de l’intelligence artificielle et le succès des plateformes de streaming. « Pour l'avenir, nous travaillerons avec conviction et optimisme à faire de Paramount une entreprise à la pointe de la technologie, alliant la créativité d'Hollywood à l'esprit d'innovation de la Silicon Valley », a ainsi écrit le nouveau PDG. À peine après avoir repris Paramount, sa fièvre ne s’arrête plus. Le géant mise aussi sur le sport. Déjà détenteur des droits de la Ligue des Champions aux États-Unis, Paramount s'est aussi emparé des droits au Royaume-Uni et en Allemagne mais a notamment échoué à les obtenir en France et en Italie.
Si Netflix compte seulement acquérir le studio Warner Bros et sa plateforme HBO Max, le milliardaire veut lui l'ensemble des actifs de WBD, et racheter également son portefeuille de chaînes de télévision dont CNN et Discover. Netflix assure être « confiant » mais les propos de Donald Trump dimanche sur le fait qu'une telle union pourrait poser « problème » en termes de part de marché rendent cet accord plus qu'incertain.
Surtout que David Ellison dispose d'atouts de taille, à commencer par la proximité entre Donald Trump et son père qui a été un important contributeur lors de sa campagne. Selon des informations du Wall Street Journal, le fils aurait aussi promis à des membres de l'administration Trump de réorganiser la chaîne d'informations CNN, qui pose problème au président, en cas de rachat. Enfin, l'offre de Paramount compte des financements provenant de la société Affinity Partners, dirigée par Jared Kushner, le gendre de... Donald Trump. « Nous avons davantage de certitude d'obtenir l'accord des régulateurs », a parié David Ellison. La bataille continue.
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