Les facteurs de risques psychosociaux entraînent plus de 840 000 décès annuels imputables à des maladies cardiovasculaires ou à des troubles mentaux, selon l'OIT.
Une récente étude montre que les facteurs de risques psychosociaux liés au travail, tels que le stress ou le harcèlement, entraînent 840 000 décès par an dans le monde. En plus d’impacter la santé des travailleurs, ils ont un coût pour l’économie, évalué à 1,37 % du PIB mondial.
840 000 : tel est le nombre de décès imputables chaque année à des maladies cardiovasculaires ou à des troubles mentaux induits par des facteurs de risque psychosociaux liés au travail, d’après une récente étude de l’Organisation internationale du travail (OIT). Dit autrement : trop de stress, une durée excessive de travail (plus de 55 heures par semaine), l’exposition au harcèlement, un déséquilibre entre efforts et récompenses et la précarité de l’emploi tuent près d’un million de travailleurs par an sur la planète.
Ces risques impactent aussi ceux qui n’en meurent pas. L’OIT estime en effet qu’ils entraînent, chaque année, la perte de presque 45 millions d’années de vie corrigées du facteur invalidité (AVCI) – c’est-à-dire des années de vie « en bonne santé ».
« Si les maladies cardiovasculaires représentent la majorité des décès attribuables (ndlr : 93 %), la perte globale d’années de vie en bonne santé est plus importante pour les troubles mentaux, ce qui reflète leur nature chronique et invalidante », peut-on lire dans l’étude.
Attention bien sûr aux raccourcis. Les auteurs de l’étude reconnaissent que les origines de ces maladies sont souvent « complexes, multifactorielles et cumulatives ». Reste que « plusieurs études longitudinales et revues systématiques mettent en évidence des liens constants entre les expositions psychosociales négatives au travail et la santé mentale et cardiovasculaire », précisent-ils.
Journées à rallonge pour un travailleur sur trois
La durée excessive de travail fait partie des risques psychosociaux les mieux documentés. Il ressort que plus d’un travailleur sur trois (35 %) est à la tâche plus de 48 heures par semaine dans le monde. Un niveau tiré vers le haut par la région Asie-Pacifique, où près d’un travailleur sur deux (47 %) connaît une telle situation.
Les travailleurs européens sont largement moins concernés (11 % en 2024), et même de moins en moins au fil du temps (en recul de -8 points par rapport à 2005). Pour autant, près d’un travailleur européen sur deux (44 %) déclare être exposé à une forte contrainte de temps ou à une surcharge de travail.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Un peu plus d’un quart des travailleurs (27 %) dans le monde estiment en outre être sous-payés. Et tout autant ne pas être rémunérés à la hauteur de leurs efforts et de leurs résultats.
Un quart des travailleurs confrontés au harcèlement
A contrario, il y a encore peu de données sur la violence et le harcèlement endurés au travail. Les rares disponibles, concernant une poignée de pays, sont pour le moins éloquentes. Près d’un travailleur sur quatre (23 %) indiquait en 2021 avoir subi au moins une forme de violence ou de harcèlement au cours de sa vie professionnelle.
Ces actes sont le plus souvent d’ordre psychologique (18 %), suivis de la violence physique (9 %) et de la violence sexuelle (6 %). Sans surprise, l’OIT précise que l’exposition aux violences et au harcèlement sexuels est plus élevée chez les femmes (8 %) que chez les hommes (5 %).
En plus d’impacter la santé des travailleurs, les risques psychosociaux liés au travail constituent « une menace majeure et croissante pour la productivité organisationnelle et, plus largement, la performance économique mondiale », peut-on lire dans l’étude de l’OIT.
L’organisation estime que le coût économique annuel combiné des maladies cardiovasculaires et des troubles mentaux associés aux risques psychosociaux avoisine ainsi 1,37 % du produit intérieur brut (PIB) mondial. Ce, en raison notamment des pertes de productivité, des dépenses de santé et des coûts liés à la protection sociale.
Le niveau n’est pas le même selon les régions du globe. C’est le continent américain qui enregistre le coût le plus bas (1,12 % du PIB), suivi de près par les États arabes (1,16 %). L’Asie et le Pacifique sont tout proches de la moyenne mondiale (1,33 %). C’est bien au-dessus pour l’Europe et l’Asie centrale (1,43 %) et encore plus pour l’Afrique (1,72 %).
Le coût varie en outre fortement d’un pays à l’autre. D’après des analyses faites aux niveaux nationaux, celui du stress au travail oscille entre 221 millions et… 187 milliards de dollars chaque année. La fourchette est large également concernant le coût de la violence et du harcèlement au travail, allant de 100 millions à plus de 35 milliards par an selon le pays.