Santé mentale : l’Apec dévoile l’ampleur du malaise chez les cadres

Santé mentale : l’Apec dévoile l’ampleur du malaise chez les cadres
Photographer - Lilian Cazabet / Hans Lucas via - Lilian Cazabet / Hans Lucas - Lilian Cazabet

Santé mentale : l’Apec dévoile l’ampleur du malaise chez les cadres
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C’est une première. L’Association pour l’emploi des cadres (Apec) publie ce jeudi son tout premier rapport sur la santé mentale des cadres. Selon Gaël Bouron, responsable adjoint du pôle études, l’ambition est avant tout de « rendre visible une réalité » trop souvent passée sous silence. Ce document met enfin des chiffres sur un sujet longtemps tabou : la fragilité psychologique d’une partie du management français.
Réalisée en mai 2025 auprès de 2 000 cadres du secteur privé, l’enquête de l’Apec met en lumière la pression subie par les managers. Ceux qui dirigent une équipe se voient fixer des objectifs toujours plus exigeants et les « injonctions au dépassement de soi » pèsent lourdement sur eux.
Selon l’Apec, la santé mentale d’un cadre est jugée dégradée lorsqu’il déclare ressentir fréquemment au moins l’un des cinq symptômes suivants : stress intense, épuisement professionnel, déprime ou dépression, irritabilité ou anxiété persistante. Une grille de lecture simple, mais implacable, qui révèle l’ampleur du malaise managérial en France.
Les cadres sont bien plus nombreux que les non-cadres à déclarer travailler « toujours » ou « souvent » sous pression : 41 % contre 24 %. « Une charge de travail élevée, des objectifs chiffrés exigeants, une demande accrue de réactivité ou encore des horaires élargis expliquent en partie cette situation » selon l’APEC.

Les femmes (34 %) sont davantage touchées que les hommes (30 %), tandis que les moins de 35 ans apparaissent comme la tranche d’âge la plus exposée : 35 % d’entre eux déclarent ressentir un signe de santé mentale dégradée, contre 23 % pour les 55 ans et plus.
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Une psychologue du travail associée à l’étude de l’Apec, qui a mené les entretiens individuels avec les répondants, souligne la vulnérabilité des managers, contraints de concilier tâches opérationnelles et management d’équipe : « Ceux-là ont du mal à avoir du temps pour eux », et naviguent systématiquement entre « leur production et la production de leurs équipes. »
Elle précise : « En plus de leurs nombreuses missions (produire, contrôler, animer, fédérer, etc.), les managers doivent aussi gérer la santé mentale de leur équipe. Or, près de la moitié d’entre eux (47 %) estime que cela impacte négativement leur propre santé mentale. »
Pourtant, les arrêts de travail restent minoritaires : les deux tiers des cadres déclarant une santé mentale dégradée n’ont pas été arrêtés par leur médecin au cours des 12 derniers mois.
Pour 83 % des cadres, se dépasser dans son travail n’est pas seulement une habitude, mais une valeur fondamentale. Ce culte de la performance agit comme un véritable marqueur identitaire, à la fois revendiqué par les intéressés et encouragé par leur environnement professionnel. Mais la ligne de crête est fragile. « La frontière entre dépassement de soi et épuisement est particulièrement mince », prévient l’Apec.
Les données parlent d’elles-mêmes : 76 % des cadres travaillent occasionnellement sur leur temps libre. Cette porosité croissante entre vie professionnelle et vie personnelle, amplifiée par la flexibilité des horaires, accroît les « risques de surconnexion et fragilise la santé mentale ».
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La pression se ressent aussi au quotidien. Près de 63 % des cadres affirment devoir « toujours » ou « souvent » penser à trop de choses en même temps, contre 43 % des non-cadres. À cette charge mentale s’ajoute la tyrannie des notifications, qui multiplient les interruptions et nourrissent un stress diffus, devenu monnaie courante dans l’univers managérial.