ENTRETIEN. La Chine a enregistré un excédent commercial record en 2025. Elvire Fabry, directrice du programme “Commerce et sécurité économique” à l’institut Jacques-Delors, explique à La Tribune comment Pékin maintient de telles performances malgré les tensions commerciales et au détriment de sa consommation intérieure. Mais aussi comment les États-Unis tentent de ralentir la progression chinoise.LA TRIBUNE. L’excédent commercial de la Chine est ressorti, sur l’ensemble de l'année 2025, à 1 189 milliards de dollars, en hausse de 20 % par rapport à 2024. Comment peut-on expliquer un tel record malgré la guerre commerciale ?
ELVIRE FABRY. Le record de la balance commerciale chinoise est dû à sa capacité de production. Ce n’est pas parce que le marché américain est moins accessible que la Chine a ralenti sa production. C’est bien tout l’enjeu. Elle est confrontée aujourd’hui à de plus en plus de critiques concernant sa surcapacité car elle subventionne très largement sa production et qu’elle a continué à gagner des parts du marché mondial. Elle représente aujourd’hui plus de 25 % de la manufacture mondiale, et cette part continue à s’accroître.
L’enjeu de cette surcapacité industrielle et des déséquilibres macroéconomiques qu’elle génère est aujourd’hui devenu un sujet majeur pour les pays tiers, et également un dossier sur lequel les pays du G7 — présidé par la France depuis le début du mois de janvier — entendent se pencher.
Est-ce que l’on constate, avec la guerre commerciale de Donald Trump, un déversement des produits chinois sur le continent européen ?
Entre juin et août, les exportations chinoises vers les États-Unis ont enregistré une baisse de 25 %. Les premières analyses montrent néanmoins qu’il n’y a pas de déferlement sur le marché européen, cette redirection est plutôt dirigée vers les pays d’Asie du Sud-Est, en commençant par le Vietnam, la Thaïlande puis l’Indonésie. D’après le Cepii, la baisse des importations chinoises aux États-Unis s’est surtout traduite par une augmentation des exportations chinoises en Europe sur 176 produits. Des exportations sur le marché européen à des prix réduits qui ont accentué la pression sur certaines filières comme la chimie ou encore les métaux.