Pression inflationniste et crédit en retrait : la zone euro face à un « effet ciseaux »
latribune.fr
Les marchés commencent à anticiper un possible resserrement de la BCE dès juin, si les pressions inflationnistes persistent.
/FW1FP/Alison Williams - REUTERS - Heiko Becker
Les ménages de la zone euro anticipent une nette remontée de l’inflation à court terme, tandis que les banques durcissent davantage leurs conditions de crédit, selon deux enquêtes de la BCE.
Les anticipations d’inflation des consommateurs européens ont « fortement augmenté » en mars, selon une enquête mensuelle de la Banque centrale européenne (BCE), publiée mardi. Un signal préoccupant pour l’institution de Francfort, alors que les effets de la guerre au Moyen-Orient commencent à se diffuser dans l’économie de la zone euro.
Sur un an, les anticipations médianes d’inflation ont bondi à 4,0 % en mars, contre 2,5 % en février. À trois ans, elles progressent également à 3,0 %, contre 2,5 % un mois plus tôt, un niveau proche des pics observés lors du choc inflationniste de 2022. L’enquête a été menée entre le 5 et le 30 mars, au moment des premières semaines du conflit.
Effets de second tour
Selon la BCE, cette hausse traduit l’anticipation d’une diffusion progressive des hausses des prix de l’énergie vers l’ensemble de l’économie, notamment via les coûts de transport et de production. L’institution surveille de près les « effets de second tour », tels que les revalorisations salariales ou les ajustements de prix par les entreprises.
Si les anticipations à court terme s’envolent, celles à plus long terme restent relativement contenues : à cinq ans, elles n’ont que légèrement progressé, de 2,3 % à 2,4 %, un point qui pourrait apporter un certain répit aux responsables monétaires. Dans ce contexte, la BCE devrait maintenir ses taux inchangés lors de sa réunion de jeudi. Mais les marchés commencent à anticiper un possible resserrement supplémentaire du crédit dès juin, si les pressions inflationnistes persistent.
Resserrement du crédit
Parallèlement, une autre enquête de l’institution met en lumière un durcissement marqué des conditions de financement. Les banques de la zone euro ont resserré leurs critères d’octroi de prêts au début de l’année 2026, davantage que prévu, et anticipent une poursuite de ce mouvement.
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Pour les entreprises, ce durcissement est « le plus prononcé depuis le troisième trimestre 2023 », note la BCE. Les établissements bancaires invoquent des « risques perçus pour les perspectives économiques » et une « baisse de la tolérance au risque » pour justifier ce mouvement.
Ils expliquent également que « les évolutions géopolitiques et énergétiques (avaient) exercé une pression à la hausse sur le resserrement des conditions de crédit », tandis que « certaines banques ont fait état d’un resserrement supplémentaire lié à leurs expositions aux entreprises grandes consommatrices d’énergie et au Moyen-Orient ». Pour les mois à venir, la tendance devrait se poursuivre. La BCE indique que les banques anticipent « un resserrement net généralisé et plus marqué des conditions de crédit » jusqu’en juin.
Ces deux enquêtes dressent ainsi un tableau préoccupant pour la politique monétaire européenne. Comme le résume l’analyste Carsten Brzeski (ING), elles « suggèrent que les pressions en termes de stagflation - mélange de croissance molle et de prix élevés - se sont clairement accentuées, compliquant la tâche de la BCE non seulement lors de sa réunion jeudi, mais aussi au-delà ».