En pleine crise des ventes de cognac, la viticulture alerte sur le comportement de certaines maisons de négoce. Entre baisses des volumes et paiements retardés, le modèle du contrat pluriannuel d'achat, fierté de la région, est mis à mal.À la tête d'un domaine de cinq hectares, Rémi Guindet boucle, à 28 ans, sa troisième saison viticole. En 2025, il a cultivé la vigne en dépit de la forte sécheresse estivale, vendangé sur la base d'un rendement très faible et constitué les volumes attendus par son unique acheteur. Mais ce dernier a tourné le dos au jeune viticulteur, sans honorer financièrement l'approvisionnement prévu dans le cadre contractuel. « J'ai envoyé des mails, des courriers recommandés, je n'ai jamais eu de réponse », regrette-t-il, amer.
La maison de négoce avec laquelle il a noué un contrat, la Distillerie des Moisans, s'est pourtant engagée à lui acheter un volume défini sur plusieurs années. Mais à l'heure où les ventes de la filière sont au plus bas depuis vingt ans, les surplus de production ne font pas les affaires des négociants qui portent déjà 80 % des stocks de la région.
« Nous avons signé le contrat à deux, donc on doit le respecter jusqu'au bout. C'est mon unique débouché ! », proteste Rémi Guindet. « Dans la période actuelle, les décisions sont difficiles à prendre pour tout le monde, négoce comme viticulture, mais il y a des solutions à trouver plutôt que de s'enfermer dans le silence. » Une vingtaine de contrats seraient concernés par une baisse drastique des volumes décidée unilatéralement par l'acheteur d'eau-de-vie.
« Le contrat, c'est un rempart »
Un cas préoccupant qui a poussé le syndicat unique de la viticulture, l'Union générale des viticulteurs pour l'AOC Cognac (UGVC), à se réunir ce mercredi devant la Distillerie des Moisans, à quelques kilomètres d'Angoulême en Charente. Les représentants observent une recrudescence des impayés et des révisions de contrat qui vont au-delà des clauses légales. En marge de la manifestation, la distillerie visée s'est finalement engagée à s'acquitter des sommes dues d'ici le printemps. Comme elle, certaines structures ont ainsi diminué de 60 % leurs volumes d'achat.