Zone euro : le trompe-l’œil du 3 %, le grand écart des prix

L'inflation en avril dans la zone euro.
Eurostat

L'inflation en avril dans la zone euro.
Eurostat
La hausse des prix à la consommation a atteint 3 % en avril 2026 pour l'ensemble des 21 pays de l'Union monétaire. Si ce niveau inquiète, c'est surtout parce qu'il masque des écarts de trajectoires inédits entre les États membres.
Pendant que la France semble contenir la poussée à 2,2 %, le Portugal voit ses prix bondir de 3,4 %. Cette différence de 1,2 point entre deux quasi-voisins européens prouve qu’il n’y a plus une, mais plusieurs crises. L’énergie, dont les prix sont bousculés par les tensions dans le détroit d’Ormuz (hausse de 14,2 % des produits pétroliers), agit comme un révélateur des faiblesses de chaque pays. Avec une croissance économique quasi nulle au premier trimestre (+0,1 %), l’Europe n’a plus de marge de manœuvre.
L'analyse détaillée des chiffres d'avril permet de dessiner une nouvelle géographie de la crise, divisée en trois groupes distincts.
1. Le bloc de l'urgence : Portugal et Pays baltes
Le Portugal est aujourd'hui le pays le plus exposé. Malgré une activité économique qui résiste (+2,3 % en un an), le pays subit de plein fouet un choc de prix importés. Selon les données de l'Ine (Portugal), la consommation des ménages s’essouffle car le pays dépense plus pour acheter son énergie que ce qu'il gagne par ses ventes à l'étranger. Pour ces pays, une inflation qui s'installe durablement signifie une perte immédiate de compétitivité.
2. Le bloc de l'assiette : Italie, Espagne et Grèce Dans ces pays, l'inflation a changé de visage : elle a quitté la pompe à essence pour s'inviter dans les supermarchés. En Italie, l'accélération est brutale, passant de 1,7 % à 2,8 % en seulement un mois. Le « panier de la ménagère » y est le principal coupable : les produits alimentaires de base ont bondi de 6 % selon l'Istat. Les familles italiennes sacrifient désormais leurs loisirs pour continuer à se nourrir, créant une pression sociale explosive.
3. Le bloc des amortisseurs : France et Allemagne La France affiche le taux le plus bas du groupe (2,2 %), mais ce chiffre est trompeur. L’Insee reconnaît avoir été surprise par cette accélération, alors qu’elle tablait sur 1,8 %. Si la hausse reste contenue, c'est en partie parce que la demande s'effondre : les prix montent moins vite car les Français achètent moins de produits industriels. En Allemagne, la situation est identique : l'industrie lourde souffre d'un gaz et d'une électricité plus chers (+5,7 %), freinant l'activité globale.
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Face à ce « choc stagflationniste », la Banque centrale européenne a maintenu son taux de dépôt à 2 %. Mais derrière l'unanimité de façade, Christine Lagarde a révélé qu'une hausse des taux avait été « longuement discutée ». Pour la présidente, « nous nous éloignons assurément de notre scénario de référence » fondé sur un choc énergétique limité. Elle estime désormais que juin sera le « moment opportun » pour réévaluer une situation où « l'incertitude est telle » qu'elle impose la prudence.
La BCE s'inquiète de voir les anticipations à court terme grimper à 4 %. Si l'inflation sous-jacente reste à 2,2 %, l'institution prévient que « plus la guerre se prolongera et plus les prix de l'énergie resteront longtemps à des niveaux élevés, plus l'incidence probable sur l'inflation globale et l'économie sera forte ». Pour l'économiste Lorenzo Codogno, le danger est psychologique : « l'expérience de l'inflation est si récente » que les entreprises et les salariés pourraient augmenter prix et salaires beaucoup plus vite qu'en 2022.
Malgré ce climat pesant, Christine Lagarde refuse de céder au catastrophisme, affirmant que la stagflation est un terme « qu'il vaut mieux reléguer aux années 1970 ». Pourtant, avec des marchés qui anticipent désormais trois hausses de taux d'ici la fin de l'année, la BCE semble engagée dans une course contre la montre pour éviter que les réalités divergentes du continent ne brisent définitivement son unité.
(Avec Reuters)
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