Croissance atone, inflation sous tension : le spectre de la « stagflation » se rapproche pour la zone euro
latribune.fr
Les indicateurs européens virent au rouge au premier trimestre 2026. De quoi potasser le rapport Draghi, remis en septembre 2024 à Ursula von der Leyen.
REUTERS - Yves Herman
La reprise européenne cale au premier trimestre, avec un maigre +0,1 %, tandis que la flambée des prix de l’énergie relance les tensions inflationnistes.
La dynamique économique de la zone euro s’enraye dangereusement. Selon une première estimation d’Eurostat, le Produit intérieur brut n’a progressé que de 0,1 % au premier trimestre, un rythme quasi nul qui « déjoue les attentes des économistes ». Une performance décevante, d’autant que le consensus anticipait une accélération à 0,3 %, après un déjà modeste 0,2 % fin 2025.
Ce coup de frein intervient dans un contexte de fortes disparités nationales. L’Allemagne surprend positivement avec une croissance de 0,3 %, tandis que la Finlande affiche une solide progression de 0,9 %. À l’inverse, plusieurs économies reculent, à l’image de l’Irlande (-2 %), de la Lituanie (-0,4 %) ou encore de la Suède (-0,2 %). La France, elle, reste à l’arrêt, avec une croissance nulle.
Le retour des tensions
Au même moment, l’inflation repart à la hausse en zone euro. Elle a atteint 3 % sur un an en avril, après 2,6 % en mars, soit son plus haut niveau depuis septembre 2023. Cette accélération est directement liée à la flambée des prix de l’énergie, alimentée par la guerre au Moyen-Orient et les tensions autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % de la production mondiale d’hydrocarbures.
Les conséquences se diffusent progressivement dans l’économie réelle, ravivant les inquiétudes des ménages. Selon une enquête récente de la BCE, leurs anticipations d’inflation à un an ont « fortement augmenté » à 4 % en mars, contre 2,5 % en février. En revanche, les anticipations à plus long terme restent stables, proches de la cible de 2 %, signe de la « crédibilité en matière de maîtrise de l’inflation à moyen terme » de l’institution, souligne Éric Dor, directeur des études économiques de l’Iéseg.
Attentisme
Face à ce cocktail délicat, les banquiers centraux avancent avec prudence. D’un côté, la remontée de l’inflation pourrait justifier un resserrement monétaire. De l’autre, les signaux conjoncturels se dégradent nettement : l’activité s’est contractée en avril pour la première fois en seize mois selon les indices PMI, tandis que les conditions de crédit se durcissent fortement.
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Pour Carsten Brzeski, économiste chez ING, la situation est claire : « La guerre et la hausse des prix de l’énergie ne constituent pas seulement un choc inflationniste, mais un véritable choc stagflationniste ». Autrement dit, une combinaison redoutée de stagnation économique et de hausse des prix. Dans ce contexte, la BCE a intérêt à « jouer la montre », estime Ludovic Subran d’Allianz.
Pour la zone euro, les marchés restent toutefois sur le qui-vive. Une hausse des taux dès juin n’est pas exclue, en fonction de l’évolution du conflit au Moyen-Orient et de ses répercussions sur les prix de l’énergie. Dans une Europe à l’arrêt, la priorité semble désormais claire : éviter qu’un choc temporaire ne se transforme en crise durable.