Inflation : le Royaume-Uni respire, la France frôle la stagnation des prix
latribune.fr
Le reflux des prix s'accélère en Europe début 2026. Entre chômage record à Londres et consommation en berne à Paris, les banques centrales n'ont plus le droit à l'erreur.
SM - REUTERS - Stephane Mahe
L’inflation britannique tombe à 3 % en janvier, portée par l’énergie, tandis que la France confirme un net coup de frein à 0,3 %. Ce décrochage pourrait amener la Banque d’Angleterre et la BCE à revoir leurs calendriers monétaires dès ce printemps.
Les informations à retenir
LE PIVOT MONÉTAIRE S’ACCÉLÈRE
Le Royaume-Uni voit son inflation chuter à 3 % en janvier sous l’effet du pétrole, une détente qui place la réunion de mars comme date charnière pour un premier pivot des taux.
La France frôle la stagnation avec un indice à 0,3 %, un décrochage brutal alimenté par le recul de 7,6 % des prix de l'énergie qui force désormais la BCE à arbitrer entre soutien à la croissance et rigueur.
L’inflation au Royaume-Uni a enregistré un recul marqué pour s’établir à 3 % sur un an en janvier, selon les données de l’Office national des statistiques (ONS) publiées ce 18 février. Ce mouvement rompt brutalement avec la nervosité de décembre, où les prix avaient bondi de manière inattendue de 3,4 %.
Ce ralentissement rapproche l’indice des prix de l’objectif cible de 2 % de la Banque d’Angleterre (BoE). Pour le gouvernement travailliste, cette performance valide une recherche de stabilité macroéconomique après plusieurs cycles de volatilité. La baisse s’avère d’autant plus stratégique qu’elle intervient alors que les pressions inflationnistes semblaient s’enraciner durablement dans le paysage britannique.
Pétrole et tarifs aériens : les moteurs de la désinflation anglaise
Grant Fitzner, économiste en chef de l’ONS, identifie des leviers précis derrière cette détente. Le premier moteur réside dans la baisse des cours mondiaux du pétrole, dont la répercussion est mécanique sur les coûts de transport et de production. Ce repli énergétique est couplé à un ajustement à la baisse des tarifs aériens, poste de dépense qui avait subi des hausses record lors de la reprise post-crise.
Le troisième pilier de cette dynamique repose sur les prix alimentaires. Longtemps critiques pour le budget des ménages, ils montrent enfin des signes de ralentissement en janvier. Si ce signal est positif pour la consommation intérieure, le niveau global de l’inflation outre-Manche demeure toutefois bien supérieur aux standards observés sur le continent européen.
La chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, lie directement ces résultats aux orientations du dernier budget. Elle affirme que les choix gouvernementaux permettent désormais de faire reculer l’inflation de façon structurelle. Cette communication vise à rassurer les investisseurs sur la pertinence de la rigueur budgétaire actuelle, malgré les contestations sociales.
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L’objectif politique consiste à instaurer un climat propice à l’investissement productif en martelant que la trajectoire est sous contrôle. Pourtant, cette accalmie sur les prix ne dissimule qu’en partie des indicateurs macroéconomiques plus alarmants qui compliquent l’équation pour les décideurs de la City.
Croissance atone et chômage record : l’envers du décor
Derrière l’embellie de l’inflation se dessine une réalité plus sombre : la croissance du PIB britannique plafonne à 0,1 % sur les trois derniers mois de 2025. Cette stagnation traduit une activité tournant au ralenti, étouffée par des conditions de financement restrictives.
Parallèlement, le marché du travail s’essouffle. Le taux de chômage a grimpé à 5,2 % en janvier 2026, un record sur cinq ans. Cette dégradation de l’emploi menace la demande intérieure. C’est précisément ce cocktail — inflation en baisse, croissance atone et chômage en hausse — qui crédibilise l’hypothèse d’une intervention monétaire rapide.
La donne change pour les prochaines échéances de la BoE. Si le gouverneur Andrew Bailey a maintenu le taux directeur à 3,75 % en février, il a ouvert la porte à des réductions dès 2026 si les indicateurs poursuivent la même tendance. L’institution anticipe une inflation proche de 2 % dès le deuxième trimestre.
Pour Jonathan Raymond, analyste chez Quilter Cheviot, ce soulagement permet à la BoE d’envisager un assouplissement avec plus de sérénité. La réunion de mars est désormais ciblée par les marchés comme la date potentielle du premier pivot monétaire britannique.
France : une inflation au plancher à 0,3 %
De ce côté-ci de la Manche, les statistiques révèlent une situation radicalement différente. L’Insee confirme une hausse des prix à la consommation de seulement 0,3 % sur un an en janvier. Ce chiffre valide le ralentissement spectaculaire après les 0,8 % de décembre, plaçant la France dans une zone de désinflation très avancée.
Cette faiblesse de l’indice des prix à la consommation (IPC) est plus intense que chez les voisins européens. Elle résulte d’un mouvement global de reflux entamé après le choc de 2021-2023, mais son ampleur actuelle pose la question des revenus réels et de la dynamique de consommation nationale.
La chute de l’inflation annuelle en France s’appuie d’abord sur les services, dont la progression tombe à 1,7 % contre 2,1 % le mois précédent. Ce signal fort indique un apaisement des tensions sur les coûts opérationnels et salariaux dans le tertiaire.
Le secteur manufacturier amplifie le mouvement avec un recul de 1,2 % en janvier. Cette baisse est accentuée par l’effet saisonnier des soldes d’hiver, particulièrement violent dans l’habillement et les chaussures où les prix ont plongé de 10,2 % sur un mois. Enfin, l’énergie demeure le principal facteur déflationniste avec un recul annuel de 7,6 %.
L’exception alimentaire : une pression persistante
Tout ne baisse pas pour le consommateur français. L’alimentation résiste à la désinflation et accélère même légèrement à + 1,9 % sur un an en janvier. Sur un mois, la hausse atteint 0,5 %, illustrant une tension continue sur les produits frais et transformés.
La volatilité reste de mise : si l’énergie chute sur un an, elle a repris 0,8 % entre décembre et janvier. Le tabac, bien qu’en ralentissement, affiche encore une hausse de 2,7 %. Ces disparités internes montrent que, malgré un indice global bas, les arbitrages budgétaires restent complexes pour les ménages.
L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), thermomètre officiel de la BCE, s’établit à 0,4 % en France en janvier. Ce niveau, très inférieur à la cible des 2 %, pourrait peser lourdement sur les discussions de Francfort au printemps.
La faiblesse française tire vers le bas la moyenne de la zone euro. Pour les partisans d’une baisse rapide des taux directeurs européens, c’est un argument majeur pour soutenir une activité économique qui donne des signes manifestes de fatigue.
Deux trajectoires, deux urgences monétaires
Le début d’année 2026 consacre la divergence entre Paris et Londres. Le Royaume-Uni doit encore dompter une inflation à 3 % tout en gérant un chômage record, tandis que la France flirte avec la stagnation des prix à 0,3 %.
À Londres, la baisse des taux attendue en mars vise à réanimer une croissance de 0,1 %. À Paris, la priorité est d’éviter une stagnation prolongée. La baisse des prix de l’énergie (-7,6 % sur un an) offre de l’air aux deux économies, mais la persistance de l’inflation alimentaire (1,9 % en France) rappelle que la normalisation n’est pas encore totale. La BCE et la BoE se retrouvent face à des défis miroirs : ne pas agir trop tard pour l’une, ne pas agir trop tôt pour l’autre.