Chine, États-Unis, Europe : au G7, les déséquilibres mondiaux ravivent le spectre de la crise
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Donald Trump au G7 à Évian.
REUTERS - Evelyn Hockstein
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Donald Trump au G7 à Évian.
REUTERS - Evelyn Hockstein
La France a profité du sommet du G7 d'Évian pour faire remonter les déséquilibres économiques mondiaux tout en haut de l'agenda, Emmanuel Macron parlant de niveaux « insoutenables » pour les balances courantes. Près de 20 ans après la crise financière, les écarts d'épargne et de déficits extérieurs se sont de nouveau creusés à des niveaux proches des records des cent cinquante dernières années, ce qui alimente la fébrilité des banques centrales et des ministres des Finances.
Au cœur du dossier se trouvent trois modèles qui ne s'ajustent plus : la Chine qui accumule des excédents record, les États‑Unis qui vivent avec des déficits jumeaux et l'Europe qui exporte son épargne faute d'investir assez chez elle.
Après une décennie de reflux relatif post‑2008, les déséquilibres de comptes courants se sont à nouveau élargis depuis la pandémie, tirés par l'excédent chinois, l'excédent persistant de la zone euro et les déficits américains. Le FMI estime que ces déséquilibres atteignent désormais des montants et une persistance qui rappellent les périodes ayant précédé les grandes crises de change et de balance des paiements, ce que la Banque d'Angleterre résume en rappelant que, les trois dernières fois où ils ont été plus élevés, l'économie mondiale a connu un épisode de turbulences majeures.
À Évian, les dirigeants ont été saisis d'un rapport d'économistes, dont Hélène Rey et Gita Gopinath, qui plaide pour que les pays en excédent stimulent leur demande intérieure quand ceux en déficit doivent réduire des politiques budgétaires trop expansives. Car si chacun compte sur les autres pour corriger la trajectoire, l'ajustement viendra par les marchés, sous la forme d'une crise financière ou d'une vague protectionniste incontrôlée.
La Chine est redevenue le symbole des excédents mondiaux, avec un surplus courant qui a rebondi depuis la pandémie pour atteindre un niveau record, porté par un boom des exportations de biens manufacturés. Le G7 constate une hausse quasi continue de l'excédent chinois depuis le début des années 2000, ponctuée d'un nouveau saut après 2020, alors même que les États‑Unis ont relevé les droits de douane sur de nombreux produits.
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Pékin a soutenu massivement son appareil productif, en particulier dans l'automobile électrique, les panneaux solaires, les batteries et l'acier, à un niveau de subventions publiques estimé plusieurs fois supérieur à celui observé dans les économies avancées, ce qui nourrit les accusations de surcapacité structurelle. Dans un contexte de demande intérieure molle, l'industrie se retrouve contrainte d'écouler sa production sur les marchés extérieurs, tirant mécaniquement l'excédent courant vers le haut et alimentant les tensions commerciales avec les États‑Unis et l'Europe.
Les autorités chinoises contestent l'idée d'un modèle fondé sur le dumping, arguant que les entreprises nationales sont compétitives et que la montée en gamme explique l'essor de leurs exportations à forte valeur ajoutée. Dans les faits, les partenaires de la Chine observent que l'excédent n'est pas seulement lié aux coûts salariaux ou à la technologie, mais à un ensemble de politiques industrielles coordonnées, qui compressent les coûts de financement, protègent les marges et sécurisent les débouchés. Pour le G7, la question est désormais de savoir si ce modèle est soutenable sans déclencher une vague de contre‑mesures commerciales et réglementaires qui fragmenterait encore davantage le commerce mondial.
À l'opposé, les États‑Unis continuent de jouer le rôle de consommateur en dernier ressort, avec un déficit courant qui se maintient à un niveau élevé, nourri par une consommation des ménages robuste et un déficit budgétaire structurel. Le déficit budgétaire fédéral, déjà creusé par les plans de relance post‑crise financière et les baisses d'impôts successives, a été encore élargi par les réponses massives à la pandémie, ce qui a relancé le débat sur les « déficits jumeaux » américains.
Le couple déficit budgétaire et déficit extérieur montre que l'économie américaine importe l'épargne du reste du monde, en particulier celle des pays excédentaires comme la Chine et les membres de la zone euro. Tant que le dollar reste l'actif refuge et la principale monnaie de réserve, cette position est tenable, mais elle fait des États‑Unis un point de fragilité en cas de retournement brutal de la confiance ou de hausse rapide des taux.
Cette dépendance au financement extérieur nourrit par ailleurs la tentation de corriger les déséquilibres par des outils visibles politiquement, mais peu efficaces macroéconomiquement : droits de douane, sanctions ciblées, relocalisations forcées. Les analyses du FMI et de la Banque d'Angleterre convergent : les surtaxes douanières ont des effets limités et incertains sur les soldes courants, notamment parce qu'ils appellent souvent des représailles et déplacent les flux sans réduire le déficit global. Aux yeux d'une partie du G7, la vraie variable d'ajustement américaine reste la politique budgétaire, mais une consolidation trop brutale risquerait de casser un des rares moteurs de croissance mondiale encore vigoureux.
La zone euro se présente au G7 en position excédentaire, mais cet excédent raconte surtout un manque : celui d'investissements productifs suffisants pour absorber l'épargne domestique. Les études commandées par la Commission européenne et la Banque européenne d'investissement pointent du doigt un déficit annuel d'investissements climatiques d'environ 400 milliards d'euros, soit près de 2,6 % du PIB, qui s'ajoute à des retards persistants dans le numérique et les technologies de pointe.
Résultat : l'Europe place une part significative de son épargne à l'étranger, notamment sur les marchés américains, au lieu de financer la modernisation de son appareil productif et ses objectifs de neutralité carbone. Mario Draghi, dans son rapport sur la compétitivité, résumait cette situation comme celle d'un continent « riche en épargne mais pauvre en investissements », une formule reprise dans les débats préparatoires du G7.
Cette configuration a un double effet pervers : elle alimente les excédents mondiaux tout en fragilisant la base industrielle du continent, qui décroche face aux États‑Unis et à la Chine dans des secteurs comme l'IA, les semi‑conducteurs ou les technologies bas carbone.
Elle nourrit aussi un ressentiment social, car le sous‑investissement dans les infrastructures, le logement et la transition énergétique se traduit directement en pouvoir d'achat, en coûts de l'énergie et en inégalités territoriales. À Évian, la France pousse l'idée que la réduction des déséquilibres passe autant par une montée en puissance de l'investissement européen que par une réponse aux surcapacités chinoises et aux déficits américains.
Les points de cassure sont bien identifiés par les économistes et les banquiers centraux : un resserrement monétaire plus long que prévu, un épisode de défiance vis‑à‑vis de la dette américaine, une récession chinoise qui ferait remonter l'épargne de précaution, ou une montée en régime des guerres commerciales qui casserait les chaînes de valeur.
Pour les pays émergents, très dépendants des flux de capitaux et des conditions financières mondiales, un ajustement désordonné de ces déséquilibres se traduirait par des sorties de capitaux, des dépréciations violentes et des contraintes budgétaires accrues. C'est cette combinaison de risques financiers et de fragmentation commerciale qui pousse le G7 à parler ouvertement de menace de crise si rien n'est fait, là où le G20 avait longtemps laissé le sujet s'enliser.
(Avec Reuters)
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