Collecte des impôts, retards de vols, … Le shutdown touche de plus en plus les Américains

Donald Trump, le président américain.
SAV - REUTERS - JONATHAN ERNST

Donald Trump, le président américain.
SAV - REUTERS - JONATHAN ERNST
Si la France court le risque de ne pas avoir un budget pour 2026, les États-Unis font déjà face à cette situation. Cela fait maintenant une dizaine de jours que le pays est en « shutdown », autrement dit dans un état de paralysie budgétaire. Un certain nombre de services fédéraux, considérés comme « non essentiels », sont ainsi suspendus pour une période d’une durée indéterminée.
À l’origine de ce blocage : une discorde entre les républicains et les démocrates au Sénat qui ont conduit à ne pas voter un budget. Les démocrates tentent de faire plier le gouvernement sur la question des dépenses de santé, notamment concernant le programme d’assurance santé « Obamacare ». Après un nouveau rejet au Sénat du texte budgétaire jeudi – la septième fois -, le shutdown va se prolonger la semaine prochaine. Mais les conséquences de la paralysie se font déjà ressentir à travers tout le pays.
Et les premiers touchés sont les fonctionnaires. Car, en cas de shutdown, une grande partie des salariés fédéraux ont été placés en congés forcés. Sont ainsi concernés près de 700 000 fonctionnaires depuis une semaine. Les contrôleurs aériens ou encore les soldats ne sont néanmoins pas concernés.
Pour les salariés toujours en poste, ils ne seront pas payés tant que le budget n’aura pas été voté. Une situation difficile à vivre pour ces Américains qui ont des loyers, des prêts et des factures à payer à la fin du mois. Résultat, nombre d’entre eux sont contraints d’emprunter. Des prêts de court terme à taux zéro sont notamment disponibles via des programmes de protection des salaires de banques mutualistes.
Mais la situation reste inquiétante pour une partie d’entre eux alors que Donald Trump a laissé planer l’idée que certains fonctionnaires, en chômage technique, ne recevraient pas leurs arriérés de salaire, malgré une loi qu’il a lui-même adoptée lors de son précédent mandat. « Je dirais que cela dépend de qui on parle », a-t-il déclaré à un journaliste à la Maison-Blanche. Le président américain a également indiqué profiter de ce shutdown pour renvoyer massivement et définitivement de nombreux fonctionnaires. Mais sa menace n’a pour le moment pas été mise à exécution.
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Les craintes se cristallisent beaucoup dans le secteur de l’aérien. Les retards se multiplient et les Américains craignent des annulations de vols ou encore un allongement des temps d’attentes dans les aéroports. Une douzaine d’entre eux est déjà concernée, selon la FAA. En Californie, un aéroport s’est même retrouvé sans aucun contrôleur pendant plusieurs heures lundi.
Si les contrôleurs aériens ne sont pas concernés par une mise au repos forcée, certains choisissent de ne pas venir travailler étant donné qu’ils ne touchent plus de salaire durant cette période. C’est également le cas de certains agents de sécurité. Les difficultés dans le secteur aérien avaient d’ailleurs été l’une des premières raisons pour sortir de l’impasse budgétaire lors du shutdown de 2019. Sous le premier mandat de Donald Trump, cette paralysie a été la plus longue de l'histoire américaine, avec un total de 35 jours.
Autre conséquence de la paralysie budgétaire : certains organes du gouvernement fonctionnent désormais au ralenti. C’est le cas de l’Internal revenue service (IRS), l’agence qui collecte les impôts et les taxes. L’IRS va mettre au chômage quasiment la moitié de ses salariés. Résultat : des temps d’attente plus long pour les contribuables, des difficultés à obtenir de l’aide… Et ce, à quelques jours d’une déclaration de revenus.
Concernant la sécurité sociale et l’assurance maladie, les prestations continuent d’être versées. Néanmoins, certaines demandes d’invalidité pourraient prendre plus de temps que prévu, souligne l’agence de presse américaine AP. Du côté de l’aide alimentaire, des programmes comme le WIC, destiné aux femmes, enfants et bébé pourraient être fermés à cause d’un manque de fonds si le shutdown devait se prolonger dans la durée.
Des agences comme la Food and drug administration (FDA) doivent égaement mettre en pause certaines activités, comme le traitement des demandes d’autorisation de nouveaux médicaments sur le marché, ou la surveillance de nouveaux ingrédients dans certains produits de consommation.
Au-delà des perturbations dans l’aérien, les sites touristiques sont également touchés. Des parcs nationaux sont fermés tandis que d'autres fonctionnent au ralenti. Quelques États ont décidé de piocher dans leurs fonds propres pour maintenir ouvert certains lieux.
Des monuments, comme la Statue de la Liberté, sont aussi menacés de fermeture. L'organisme chargé de plus d'une vingtaine de musées et du zoo national, le Smithsonian, a indiqué de son côté que ses sites fermaient à partir de ce dimanche avec la prolongation du shutdown.
Outre les conséquences sur la vie quotidienne des Américains, c’est l’économie dans son ensemble qui va subir les conséquences du shutdown. « Chaque semaine, un shutdown réduit la croissance annualisée du PIB d'environ 0,1 % en raison de la réduction de l'activité gouvernementale », pointe ainsi Michael Feroli, économiste en chef à la banque américaine J.P. Morgan. D’autant qu’en période d’incertitude, les consommateurs épargnent davantage et dépensent moins, et les entreprises restreignent les embauches et les investissements.
Une incertitude qui est loin de ravir les marchés financiers. « Le shutdown pourrait avoir un impact plus important que d’habitude sur les marchés boursiers en raison de profondes divisions politiques, d’une économie vulnérable aux chocs externes et des récents changements de politique économique qui ont déjà perturbé les marchés cette année », pointe une autre note récente de JP Morgan. Certaines statistiques économiques, comme les chiffres de l’emploi américain, cruciales pour orienter les investisseurs, ne sont également pas publiées à cause de cet arrêt au plan fédéral.
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En attendant, démocrates et républicains continuent de négocier sur le dossier sensible des dépenses de santé. Trump a indiqué sur son réseau Truth social, en début de semaine, qu’aucun accord sur le système de santé ne sera possible tant que les démocrates ne voteront pas le budget des républicains. À ce rythme, le président américain pourrait battre à nouveau son propre record du shutdown, le plus long de l’histoire américaine.