Population suisse limitée à 10 millions : pourquoi le projet anti-immigration inquiète le monde économique
latribune.fr
À l'approche du vote crucial du 14 juin en Suisse, l'économie fait front commun contre l'initiative de l'UDC visant à limiter la population à 10 millions d'habitants, une mesure jugée suicidaire pour l'industrie et l'hôtellerie.
DB/ - REUTERS - REUTERS - Denis Balibouse
L’initiative de l’UDC visant à limiter la population à 9,5 millions inquiète les milieux économiques, qui dépendent fortement de la main-d’œuvre étrangère et redoutent une remise en cause des accords bilatéraux avec Bruxelles.
Le compte à rebours est lancé avant le scrutin décisif du 14 juin en Suisse. Ce jour-là, les citoyens doivent valider ou rejeter le projet « Pas de Suisse à 10 millions », une initiative de l'Union démocratique du centre (UDC) pour stopper l'immigration dès que la population atteindra 9,5 millions d'habitants.
Face à cette proposition de la droite radicale, les milieux économiques et les représentants des salariés font front commun pour dénoncer une menace directe sur la prospérité helvétique.
L'industrie et l'hôtellerie face au spectre de la paralysie
Le moteur économique suisse tourne grâce à l'apport de la main-d'œuvre étrangère, issue majoritairement de l'Union européenne. Selon les données de la fédération sectorielle, plus de la moitié des employés de l'hôtellerie suisse sont de nationalité étrangère.
« Dans l'hôtellerie, plus de 50% des employés sont étrangers. Cette initiative va aggraver la pénurie de personnel, notamment de cuisiniers. »
Le constat est identique dans la haute technologie et le secteur médical. L'entreprise Steiger, basée dans le Valais, exporte la totalité de ses machines textiles de haute précision mais ne trouve plus d'ingénieurs spécialisés pour les régler sur le sol national.
Le fabricant de systèmes d'injection pour le diabète Ypsomed cherche de son côté à recruter cent polymécaniciens en trois ans, des profils introuvables sans l'apport des marchés français, allemand ou polonais.
Un marché de 147 milliards de francs suisses en danger
L'enjeu dépasse la simple gestion des frontières et menace les traités commerciaux internationaux de la Confédération. Si le texte est adopté, il brisera l'accord de libre-circulation des personnes signé en 1999 avec Bruxelles.
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Cette rupture pourrait déclencher la clause guillotine et annuler l'ensemble des accords bilatéraux avec l'Union européenne, le premier partenaire commercial de la Suisse. Le Secrétariat d'État à l'économie rappelle que les exportations suisses de marchandises vers l'UE représentent plus de 147 milliards de francs suisses, soit plus de 50 % des ventes totales du pays à l'étranger.
L'argument des quotas face à la peur des délocalisations L'UDC affirme que son projet conserve de la flexibilité avec un système de quotas permettant l'entrée de 40 000 personnes par an. Un volume jugé dérisoire par les chefs d'entreprise, qui redoutent que l'industrie soit sacrifiée au profit des hôpitaux. Le syndicat Unia prévient qu'abolir l'interdiction de discrimination salariale poussera les entreprises à délocaliser ou à casser les salaires locaux.