Selon la Fed de New York, la logique est simple : lorsque Washington relève ses barrières tarifaires, les prix payés par les importateurs américains augmentent d'autant.
/FW1FP/Andrew Heavens - REUTERS - Carlos Barria
Selon une étude de la Fed de New York, près de 90 % des droits de douane instaurés par Donald Trump sont en réalité supportés par les consommateurs et les entreprises américaines, alimentant l’inflation et pesant sur le pouvoir d’achat.
Les ménages et les entreprises américaines supportent l’écrasante majorité du choc tarifaire sur les droits de douane décidé par Donald Trump. C’est la conclusion, sans ambiguïté, d’une étude publiée par la Réserve fédérale de New York, qui contredit frontalement l’argument de l’administration selon lequel les droits de douane seraient essentiellement payés par les exportateurs étrangers.
Intitulé sobrement « Who Is Paying for the 2025 U.S. Tariffs ? » (« Qui a payé les droits de douane américains en 2025 ? »), le rapport revient sur la flambée des taxes à l’importation intervenue l’an dernier. Le taux moyen des droits de douane est passé selon la Fed de New York de 2,6 % à 13 % en quelques mois. Le pic a été atteint au printemps, lorsque les surtaxes sur les produits chinois ont grimpé jusqu’à 125 % en avril et mai, avant d’être ramenées à 113 %, un niveau toujours exceptionnellement élevé.
Mécanisme classique
En s’appuyant sur l’expérience du premier mandat Trump, les économistes de la Fed rappellent que leurs « travaux antérieurs ont montré que les exportateurs étrangers n’ont pas du tout réduit leurs prix, si bien que l’incidence totale des droits de douane a été supportée par les États-Unis ». Autrement dit, « il y a eu une répercussion de 100 % des droits de douane sur les prix à l’importation ». La logique est simple : lorsque Washington relève ses barrières tarifaires, les prix payés par les importateurs américains augmentent d’autant.
L'impact des droits de douane en 2025. (Crédits : Fed de New York)
Les données les plus récentes confirment ce mécanisme. Entre janvier et août de l’an dernier, les Américains ont absorbé 94 % du coût des hausses décidées par la Maison Blanche. La part est redescendue à 92 % en septembre et octobre 2025, puis à 86 % en novembre. Sur l’ensemble de la période étudiée, la Fed estime qu’environ 90 % des droits de douane sont in fine assumés par les consommateurs et les entreprises domestiques.
Dans les faits, les quelques 226 milliards de dollars de droits de douane collectés par les Etats-Unis sur l'année fiscale 2025, qui s'est achevée fin septembre dernier, s'apparentent donc à une forme d'impôt masqué pour les entreprises et les citoyens américains. Cette enveloppe de 226 milliards était en hausse de 150 % sur un an. Un mouvement qui devrait encore prendre de l'ampleur : sur l'année civile, la collecte pourrait dépasser les 300 milliards de dollars.
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Les conclusions de la Fed de New York rejoignent celles du Bureau du budget du Congrès (Congressional Budget Office, CBO), qui souligne que « des droits de douane plus élevés augmentent directement le coût des biens importés, en relevant les prix pour les consommateurs et les entreprises américains ». À court terme, l’institution budgétaire estime que les exportateurs étrangers n’absorberaient que 5 % du choc. Les entreprises américaines en prendraient environ 30 % à leur charge en comprimant leurs marges, tandis que « les 70 % restants seraient répercutés sur les consommateurs via des hausses de prix ».
Assouplissement monétaire
Pour l’administration Trump, les droits de douane constituent un pilier stratégique : outil de recettes budgétaires, levier de pression diplomatique et instrument de relocalisation industrielle. Mais leur mise en œuvre a été marquée par une forte volatilité, avec des annonces de relèvements massifs suivies de suspensions ou de reports, alimentant l’incertitude des entreprises et des marchés financiers.
Sur le plan macroéconomique, l’enjeu est majeur. Les responsables de la Réserve fédérale considèrent qu’une part importante du dépassement de leur cible d’inflation de 2 % cette année est liée aux tensions commerciales. Cette situation a compliqué leur capacité à poursuivre l’assouplissement monétaire, destiné à soutenir le marché du travail.
La Fed anticipe toutefois que l’impact des droits de douane « s’estompera au fil de l’année » et qu’il s’agira probablement d’« une augmentation ponctuelle du niveau des prix ». Une telle lecture pourrait rouvrir la voie à de nouvelles baisses de taux. Mais elle implique aussi que le niveau général du coût de la vie restera durablement plus élevé qu’en l’absence de ces mesures.