À l'Otan, Trump décrète l’accord iranien « terminé » : le pétrole flambe, l’Espagne menacée
latribune.fr
Le président américain Donald Trump et le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, assistent à une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord lors du sommet des dirigeants de l'Otan à Ankara, le 8 juillet 2026.
Mercredi 8 juillet à Ankara, Donald Trump déclare le cessez-le-feu avec l’Iran « terminé » après des frappes croisées sur Ormuz. Le Brent grimpe aussitôt vers 78 dollars. Le même jour, il ordonne aussi de couper tout commerce avec l’Espagne.
Trois navires commerciaux frappés dans le détroit d’Ormuz en 24 heures, plus de 80 cibles bombardées en Iran par l’armée américaine en riposte, des bases militaires visées au Koweït et à Bahreïn en représailles. C’est dans ce climat que Donald Trump a annoncé mercredi 8 juillet, à l’ouverture du sommet de l’OTAN à Ankara, que le protocole d’accord signé avec Téhéran le 17 juin était « terminé ».
« Pour moi, je pense qu’il est terminé », a-t-il lancé, ajoutant que « c’est juste une perte de temps de négocier avec eux, ce sont des menteurs ». Le président américain a toutefois laissé entendre que ses négociateurs pouvaient poursuivre les discussions, à condition, a-t-il précisé, qu’ils « reviennent vers lui ».
Washington a rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien après les attaques de navires, mettant fin à leur levée prévue par l’accord du 17 juin. Ce protocole avait permis la réouverture du détroit d’Ormuz, un passage par lequel transitent en temps normal près de 15 millions de barils par jour de pétrole brut et 5 millions supplémentaires de produits pétroliers.
Un mot de Trump vaut plus qu’une décision de l’OPEP
Ce mercredi n’est pas un cas isolé. Le 9 mars 2026, en pleine escalade militaire, une déclaration de Trump assurant que le conflit avec l’Iran était « quasiment » terminé avait provoqué le plus grand mouvement de prix intrajournalier jamais enregistré sur le Brent, qui était passé de 119,50 dollars à 83,66 dollars en une seule séance.
Le mécanisme fonctionne aujourd’hui dans le sens inverse. Après l’annonce de la fin du cessez-le-feu, le baril de Brent a bondi mercredi matin, les analystes évoquant une hausse de 2,22 % à 75,81 dollars en tout début de séance, un chiffre qui a continué à grimper dans la matinée pour atteindre des niveaux proches de 78 dollars selon des relevés plus tardifs.
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John Plassard, analyste de Citi Gestion, cité par l’AFP, tempère toutefois la portée de l’annonce : le baril n’est pas revenu à ses plus hauts atteints durant la phase la plus dure de la guerre en mars. Il y voit davantage « une pause du cessez-le-feu que sa fin », Trump n’ayant « aucun intérêt à ce que les discussions s’arrêtent totalement » pour des raisons électorales, après avoir fait des prix bas à la pompe un argument de campagne.
Le second front avec l’Espagne
Le même jour, au même sommet, Trump a annoncé avoir ordonné à son secrétaire au Trésor Scott Bessent de couper tout commerce avec l’Espagne. Le contentieux remonte à mars 2026, lorsque Madrid avait refusé d’ouvrir ses bases militaires aux opérations américaines liées à l’Iran, une décision qui avait déjà valu à l’Espagne une première menace d’embargo commercial total.
Les échanges de marchandises entre les deux pays s’élevaient à environ 47 milliards de dollars en 2025. Une rupture effective toucherait particulièrement l’agroalimentaire et l’automobile espagnols, deux secteurs très exposés au marché américain.
L'Union européenne a assuré mercredi qu'elle défendrait ses Etats membres : « Nous attendons des États-Unis qu'ils respectent les engagements qu'ils ont pris » dans l'accord commercial conclu avec l'UE, et « la Commission veillera toujours à ce que les intérêts de l'Union européenne et de tous nos États membres soient pleinement protégés », a déclaré devant la presse un porte-parole de l'exécutif européen.
Sur le front pétrolier, la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a averti que les nouvelles frappes « compliquent encore davantage » des négociations « déjà tendues », annonçant un échange prochain entre les chefs de la diplomatie des Vingt-Sept et leurs homologues du Golfe sur la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte a, à l’inverse, jugé les frappes américaines « absolument nécessaires ».
Sur le front espagnol, la menace interroge sur sa portée réelle. Mais son retour, le même jour que la rupture du cessez-le-feu iranien, dessine une méthode : à Ankara, la coercition économique s’affirme comme l’instrument par défaut de la diplomatie américaine, que l’interlocuteur soit un adversaire déclaré ou un allié de l’Otan.