Livret A à 1,7 %, LEP « surrémunéré » à 2,5 % : ce que révèle la proposition de la Banque de France
latribune.fr
Le Gouverneur de la Banque de France propose de relever le taux du Livret A à 1,7 % et de maintenir celui du LEP à 2,5 %, un taux toujours supérieur au résultat de la formule de calcul standard.
La Banque de France propose de relever le Livret A à 1,7 % et celui du LEP à 2,5 % au 1er août. Derrière cette mécanique, un arbitrage plus politique qu’il n’y paraît : préserver le pouvoir d’achat des ménages modestes sans alourdir excessivement le coût du capital du logement social.
La Banque de France propose de porter le taux du Livret A à 1,7 % à compter du 1er août, contre 1,5 % depuis le 1er février 2026, et de passer le LEP à 2,5 %, bien au-dessus du relèvement théorique du taux (2,2 %). Cette révision semestrielle des livrets réglementés n’est pas que technique. Elle dessine une ligne de crête de la politique pour l’épargne française : protéger les revenus modestes, éligible au LEP, tout en évitant éviter de renchérir trop fortement le financement du logement social par le Livret A.
La proposition doit être avalisée dans la journée par Bercy. Le ministre de l’Economie Roland Lescure doit s’exprimer sur TF1 à 13h.
La formule remonte le Livret A, mais l’État garde la main
Le calcul du Livret A repose sur une moyenne semestrielle entre l’inflation hors tabac et le taux €STR, avec un arrondi au dixième et un plancher à 0,5 %. Avec une inflation moyenne sur six mois autour de 1,5 % et un taux monétaire proche de 2 %, le résultat ressort à 1,7 %, soit un cran au-dessus du taux actuellement en vigueur (1,5 %).
En janvier, le gouvernement avait retenu un Livret A à 1,5 % et un LEP à 2,5 % à compter du 1er février, montrant déjà que la formule n’est qu’indicative en regard de l’intention politique. Le signal envoyé aujourd’hui est différent : la Banque de France revient à une application plus orthodoxe pour le Livret A, tout en conservant une exception sociale explicite sur le LEP.
1,7 % devient la ligne rouge
Un Livret A à 1,7 % reste légèrement supérieur à l’inflation de juin (1,8 %), ce qui signifie qu’en plaçant sur un Livret A ou sur un LDDS, l’épargnant perd en réalité de l’argent. Mais la proximité des deux taux permet de soutenir le discours politique sur la protection de l’épargne liquide sans recréer l’illusion d’un placement vraiment rémunérateur. C’est un niveau assez élevé pour ne pas braquer les ménages, mais assez contenu pour ne pas alourdir brutalement le coût de la ressource centralisée à la Caisse des dépôts.
Car le Livret A n’est pas seulement un produit d’épargne grand public, c’est aussi une brique de financement public de long terme. Plus son taux monte, plus le coût du capital s’élève pour des activités adossées à ces encours, au premier rang desquelles le logement social. À l’inverse, s’en éloigner trop franchement fragilise la lisibilité du cadre réglementaire et la confiance dans la règle du jeu.
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La redistribution par l’épargne
La vraie entorse à la formule se situe sur le Livret d’épargne populaire. Le taux théorique du LEP ressortirait autour de 2,2 %, mais la Banque de France propose de le maintenir à 2,5 %, dans la continuité de ce qu’elle avait proposé en février quand le produit avait été fixé à 2,5 % au lieu de 1,9 % selon la formule. Pour elle, le coup de pouce doit rester concentré sur les ménages modestes, pas généralisé à l’ensemble de l’épargne réglementée qui peut profiter à tous les épargnants.
Le nombre de détenteurs a dépassé 12 millions, contre environ 7 millions en 2020, signe que les campagnes d’ouverture et les relèvements successifs ont fini par produire leurs effets. Avec un écart de 0,8 point entre LEP et Livret A, l’État organise une redistribution discrète : un surrendement défiscalisé, ciblé, plafonné, politiquement moins visible qu’une prestation budgétaire classique.