Marianne Or : la Monnaie de Paris veut « devenir la référence française de l’or d’investissement pour les particuliers »

Mark Schwartz est PDG de la Monnaie de Paris.
Monnaie de Paris

Mark Schwartz est PDG de la Monnaie de Paris.
Monnaie de Paris
LA TRIBUNE - Vous ouvrez aujourd’hui l’achat de vos Marianne Or au grand public, mais à qui sont destinées vos pièces ?
MARK SCHWARTZ – Nous allons proposer 4 coupures allant d’un prix inférieur à 370 euros (au cours du jour) pour le dixième d’once, jusqu’à environ 3 700 euros pour une pièce d’une once. Ces pièces ont donc pour vocation d’être accessibles au plus grand nombre.
Nous allons proposer des pièces physiques, mais cette offre existera aussi en version numérique appelée e-Marianne Or. Nous voulons nous adresser aux acheteurs traditionnels de pièces d’or, mais aussi aux personnes qui souhaitent faire un premier investissement bénéficiant de la caution d’un établissement public reconnu, ainsi qu’aux clients intéressés par la détention d’or en format numérique.
Il y a de plus en plus de questionnements autour de l’éthique de l’investissement dans l’or et sur son impact environnemental, comment répondez-vous à ces inquiétudes? Votre or est-il propre ?
Nos conditions d’achat sont très strictes. Nous nous fournissons auprès d’entreprises reconnues qui répondent à des exigences fortes et peuvent garantir une origine maîtrisée, une traçabilité rigoureuse et une chaîne d'approvisionnement responsable. C’est une préoccupation depuis plusieurs années déjà et c’est pourquoi nous sommes en cours d’obtention du label « Relations fournisseurs et achats responsables » (RFAR).
Vous êtes une fonderie historique, vous avez créé de nombreuses pièces depuis votre création en 1775, en quoi cette pièce est-elle différente de vos précédentes ?
Nous opérons un tournant stratégique vers l’or d’investissement. Depuis la fin de nos productions de Napoléon dans les années 1920, nous émettons des monnaies de collection qui sont achetées pour leur valeur artistique et numismatique, et dont les prix sont plus élevés que leur valeur en métal précieux. Avec le Marianne Or, c’est différent. C’est un bullion, ce qui veut dire que les épargnants vont acheter une pièce au prix de son poids en or.
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Quelle est votre ambition pour le Marianne Or ?
Le tirage maximum prévu pour chaque coupure est de 100 000 unités. C’est un plafond, pas notre objectif à court terme. Nous souhaitons devenir la référence française de l’or d’investissement pour les particuliers. Or aujourd’hui, le marché de l’or pour les particuliers est moins développé que celui de nos voisins. Notre ambition est de développer ce marché et d'amener les Français à investir davantage dans cet actif.
Je ne donnerai cependant pas d’ambition chiffrée car nous ne sommes qu’au lancement de ce nouveau produit. Les autres institutions monétaires internationales qui ont lancé leurs pièces d’or d’investissement ont toutes mis plusieurs années avant de voir leurs ventes décoller.
Pourquoi lancez-vous cette pièce maintenant ? Est-ce parce que vos anciennes activités fonctionnent moins bien ?
Nos activités historiques de fabrication de monnaies courantes – qui représentent désormais 70 % de notre production - et de monnaies de collection marchent très bien et sont en forte croissance. Et nous sommes une entreprise bénéficiaire.
Avec cette nouvelle activité, nous préparons cependant le futur en anticipant la baisse de la demande de pièces en euros. Le Marianne Or va devenir un troisième moteur de croissance pour la Monnaie de Paris.
Après une baisse de près de 20 % ces trois derniers mois, n’est-ce pas un mauvais moment pour lancer votre pièce ? Existe-t-il toujours de l’intérêt des particuliers pour l’or ?
La baisse enregistrée ces dernières semaines est à mettre en regard de la hausse de 45 % du cours de l’or en euros durant toute l’année 2025.
Et, face à des prix mouvants, la réaction des épargnants est en fait assez hétérogène. Certains voient dans la baisse une opportunité d'achat, quand d'autres préfèrent attendre. Et inversement quand les cours augmentent. Donc oui, il y a toujours des acheteurs.
Mais dans tous les cas, l’or ne devrait pas être vu comme un investissement de court terme. Sa performance tient à sa détention sur le long terme. Et cet actif devrait continuer à être convoité dans le futur, notamment car un certain nombre de banques centrales achètent régulièrement d’importants montants d’or pour diminuer leur dépendance au dollar américain.
En parlant du prix, vous affichez une prime entre 3 % et 12 %. Des revendeurs affirment que ces primes sont trop hautes pour qu’ils puissent les acheter pour les revendre à leurs propres clients. Cela veut-il dire que vous ne souhaitez pas travailler avec des boutiques revendeuses ?
Notre offre est destinée à la vente directe aux particuliers, sur notre site internet. Allons-nous en proposer à la vente via des revendeurs dans un second temps ? Cette question reste ouverte.
Ne pensez-vous pas que votre pièce va faire de l’ombre à d'autres bullions français comme Epargn’Or, Vera Valor, Leon ?
Nous ne voulons pas concurrencer qui que ce soit. Il n’existe pas aujourd’hui de monnaies contemporaines françaises d’investissement en or. Les bullions disponibles sont des monnaies frappées par des pays étrangers. Nous venons combler un vide, en apportant un produit nouveau sur le marché français puisque cette pièce sera produite par la Monnaie de Paris et sera donc le seul bullion frappé dans l’Hexagone.
Vous proposez aussi une version dématérialisée de votre pièce, le e-Marianne Or. Pourquoi avez-vous choisi de proposer une pièce virtuelle plutôt que de créer une pièce et de la garder dans un coffre ?
Certains investisseurs sont surtout intéressés par la performance de l’or. C’est cela qui explique le succès de l’or papier et des ETF, qui sont des produits financiers qui répliquent le cours de l’or. Notre offre dématérialisée présente donc plusieurs intérêts. Nous conservons l’or pour le compte de nos clients et nous garantissons le rachat au cours de l’or lors de la revente directement sur notre site et en quelques minutes.
Si cette pièce n’est pas fabriquée, qu’est-ce qui justifie alors la prime de 3 % et la commission de garde de 0,5 % ?
Dès le moment où la pièce est achetée, la Monnaie de Paris achète l’or nécessaire à la fabrication. Cet or doit ensuite être stocké et sécurisé, ce qui est coûteux. Il y a aussi des charges informatiques et de personnel. Le e-Marianne permet seulement d'éviter les frais de fabrication.
Acheter une pièce physique permet de bénéficier d’un abattement fiscal en optant pour la taxe sur la plus-value. Le e-Marianne va-t-il permettre de bénéficier de cette exonération fiscale totale au bout de 22 ans ?
Le e-Marianne n’est pas frappé, mais le client reçoit bien évidemment une facture. Donc il pourra bénéficier d’une fiscalité nulle au bout de 22 ans de détention, qu’il revende la version dématérialisée sur notre site ou au travers d’une boutique s’il choisit de recevoir sa pièce physique chez lui.
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