ENTRETIEN. Quatre ans après avoir voulu inscrire sa volonté de transition jusque dans son nom, le géant français de l’énergie s’emploie à développer des solutions bas carbone, partout en France. Avec des enjeux qui concernent aussi bien le carburant aérien que l’agrivoltaïsme. Entretien avec Isabelle Patrier, directrice France.LA TRIBUNE – Quatre ans après être devenu TotalEnergies, comment le groupe déploie-t-il son ambition en France ?
Depuis 2020, TotalEnergies a investi 8 milliards d’euros sur le territoire français, dont la moitié dans la transition énergétique. Notre démarche consiste à faire évoluer notre offre pour qu’elle devienne multi-énergies et à faire de TotalEnergies un acteur majeur de l’électricité. Ces dernières années, nous avons franchi un cap : deux gigawatts installés en France, soit l’équivalent de deux réacteurs nucléaires de puissance renouvelable. Cela nous permet de produire des électrons décarbonés et de nous positionner sur l’ensemble de la chaîne de l’électricité. Notre enjeu est de produire ces électrons et de les vendre à nos clients pour accompagner leur propre transition énergétique.
Quelle place occupent les alternatives renouvelables aux combustibles fossiles ?
Au-delà de l’électricité, nous avons l’ambition de produire des carburants durables. À La Mède, dans les Bouches-du-Rhône, nous avons transformé notre plus ancienne raffinerie française – qui fête cette année ses 90 ans – en bioraffinerie. C’était une première dans le pays. Grâce à près de 500 millions d’euros investis, nous y produisons depuis 2019 l’équivalent parfait du diesel, le HVO, fabriqué uniquement à partir de déchets comme des huiles de cuisson usagées. Depuis cet été, nous y produisons également des carburants aériens durables (SAF) pour alimenter notamment l’aéroport Marseille-Provence, situé à huit kilomètres. Nous accompagnons aussi le monde maritime dans la réduction de la pollution et d ses émissions, grâce au gaz naturel liquéfié (GNL), qui permet de remplacer le fioul. Notre navire d’avitaillement Gas Vitality, positionné à Marseille, approvisionne en GNL nos clients de la zone.
Comment transformer une raffinerie en bioraffinerie ?
Lorsque nous avons converti la raffinerie de La Mède, il y avait un double enjeu : accompagner nos collaborateurs et soutenir l’écosystème local. Nous avons signé à l’époque une convention volontaire de développement économique et social, dotée d’un budget de 5 millions d’euros. Cette convention a permis d’accompagner nos sous-traitants et d’autres acteurs économiques locaux. Elle a aussi permis de renforcer l’attractivité industrielle du territoire et de soutenir une douzaine de projets d’implantation ou de développement de PME, avec la création de 400 emplois directs. Nous avons également accordé des prêts à taux zéro pour la création, la reprise ou le développement de PME. Ce dispositif a permis de soutenir ou créer plus de 2 000 emplois. Nous avons aussi, grâce à notre centre international de formation Oléum, établi un partenariat avec France Travail qui permet de former aux métiers industriels des personnes en recherche d’emploi. Nous en sommes aujourd’hui à la dixième session de formation avec quatorze personnes par promotion. Ce dispositif pérenne, intégré dans un bassin d’emploi où les compétences industrielles sont très recherchées, est une réussite : plus de 80% des personnes formées obtiennent ensuite un CDI.