La société JPME était sous surveillance pour ne pas avoir payé bon nombre de clients auxquels elle a racheté l’électricité photovoltaïque produite sur leur toiture et non autoconsommée.
Pratiques commerciales trompeuses, affichages de tarifs mensongers, retard de paiement pour les clients producteurs. Les services de l’État avaient été alertés par le Médiateur national de l’énergie et par plusieurs clients des agissements et de la situation du fournisseur JPME. Il vient de se voir retirer son autorisation ministérielle de fournisseur d’électricité. Une décision exceptionnelle.
Mise à jour avec la réaction de JPME, à la fin de l’article.
Le 15 janvier, le ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique annonce retirer l’autorisation ministérielle de fournisseur d’électricité à Actelios solutions-JPME, connu sous la marque« Je produis mon électricité / JPME ».Une décision que le ministère qualifie d’« exceptionnelle, ferme, qui protège les consommateurs ». Elle prendra effet au 22 janvier 2026.
L’État indique s’être « assuré que cette décision n’entraîne pas de coupure d’électricité pour les clients actuellement en contrat avec JPME : la continuité de leur approvisionnement sera garantie par EDF, sans qu’aucune démarche ne soit requise de leur part ». Les clients seront alertés et automatiquement basculés en fourniture alternative.
Créée à Bordeaux et délocalisée un temps près de Montpellier, JPME est basée à Paris depuis fin 2024 et son actionnaire majoritaire est Charles David Ohayon, fils de l’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon. Elle propose à ses clients d’acheter l’électricité produite par leurs panneaux photovoltaïques lorsqu’elle n’est pas autoconsommée et qu’elle est injectée dans le réseau. Problème : un bon nombre d’entre eux ne sont pas payés.
« Une pratique institutionnalisée »
L’entreprise était ainsi, depuis début 2024, dans l’œil du cyclone, le Médiateur de l’énergie, Olivier Challan Belval, ayant enregistré 188 saisines contre JPME en 2024 et 408 depuis le 1er janvier 2025 pour de récurrents impayés. Face à l’inertie de l’entreprise, Olivier Challan Belval avait, en septembre 2024, alerté la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et la direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) sur ses pratiques douteuses. En novembre 2024, il avait saisi la DGEC d’une demande de retrait de son autorisation d’achat pour revente d’électricité. Et à l’été 2025, le Médiateur de l’énergie avait saisi le procureur de la République à Montpellier.
« Il ne s’agit pas seulement d’éventuelles difficultés de trésorerie ou de gestion de l’entreprise : derrière, il y a tout un système qui me semble constituer des faits délictueux », déclarait Olivier Challan Belval à La Tribune en septembre dernier, évoquant alors « une pratique institutionnalisée ».
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Selon Joël Mercy, le président de l’association Groupement des particuliers producteurs d’électricité photovoltaïque (GPPEP), plus de 600 personnes lui ont demandé de l’aide.
« Ils ne respectent rien »
De son côté, l’entreprise (25 salariés) assurait que tout était en train de rentrer dans l’ordre. Sophie Bressol, la directrice générale de JPME depuis décembre 2024,plaidait une situation passée en cours de résolution d’ici « fin 2025 » : « J’ai retourné le business model et désormais, on ne fait plus de développement sur le photovoltaïque résidentiel, on travaille en B2B sur la fourniture d’électricité avec une technologie batterie ».
Pourtant, le Médiateur de l’énergie confirmait continuer à recevoir des plaintes… En novembre dernier, lors d’un point presse sur la mise en œuvre de mesures par les fournisseurs d’énergie visant à renforcer l’information et la protection des consommateurs de gaz et d’électricité, Emmanuelle Wargon, la présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), indiquait que sur les 20 fournisseurs s’étant engagés, JPME était le seul considéré comme « non conforme ». « Ils ne respectent rien, ils n’ont pas du tout joué le jeu et n’ont partagé aucun des documents demandés », avait-elle regretté.
« Si JPME communique sur le fait de respecter ces lignes directrices et qu’il ne le fait pas, ce serait trompeur, avait ajouté la présidente de la CRE. Cela pourrait alors être considéré comme des pratiques commerciales trompeuses. »
Des capacités économiques et financières insuffisantes
Pratiques commerciales trompeuses, affichages de tarifs mensongers, retard de paiement pour les clients producteurs… Au terme d’une instruction poussée des services de la DGEC commencée en 2024, « leministre a conclu que les capacités économiques et financières de JPME sont insuffisantes au regard des exigences prévues par la loi ». »
« Pour l’électricité comme pour le gaz naturel, les fournisseurs se doivent d’être des acteurs de confiance pour les consommateurs, rappelle le ministère dans un communiqué. Le gouvernement a proposé au Parlement des mesures supplémentaires pour renforcer la protection contractuelle des consommateurs ainsi que les exigences de fiabilité des fournisseurs d’électricité. »
Il rappelle en outre que « la Commission de régulation de l’énergie sera dotée de pouvoirs de contrôle et sanctions pour lutter contre les fournisseurs ne respectant pas ces principes ».
L’entreprise JPME a réagi dans l'après-midi même : « Depuis le 31 décembre 2025, Actélios Solutions a apuré l’intégralité des dettes connues et suivi l’ensemble des recommandations émises par la DGEC, notamment en matière de recapitalisation. Nos équipes se sont pleinement mobilisées pour garantir la conformité de l’entreprise avec ses obligations réglementaires. La décision prise par le ministère apparaît, dans ce contexte, disproportionnée. Nous contestons fermement cette décision. Notre conseil déposera, dans les meilleurs délais, un référé devant la juridiction compétente afin d’en contester la légalité ».