DÉMINAGE. Épisode 4/7. Les terres rares ne sont pas rares. C’est un adage que l’on entend souvent, pourtant ces 17 éléments chimiques sont plus que jamais recherchés, comment expliquer une telle convoitise malgré leur abondance ? Nos deux auteurs s’accordent sur l’importance de l’industrie.Elles sont 17 et défraient la chronique. Pourtant, malgré leur nom, les terres rares ne sont pas si rares. Entre le besoin de gisements rentables et la nécessité de compétences industrielles sophistiquées, deux experts démontrent que la rareté est avant tout une question de marché.
La phrase « les terres rares ne sont pas rares » est devenue un préalable à toute analyse. Pourtant, leur concentration au sein d’un dépôt reste une exception.
JEAN-WILFRIED DIEFENBACHER. Exactement. Cette phrase, souvent répétée, est juste, mais trompeuse si on s’arrête là. Les terres rares sont effectivement présentes en quantité dans le sous-sol mondial, mais rarement sous forme de gisements concentrés et faciles à exploiter. Elles sont généralement disséminées dans des minerais complexes, à des teneurs très faibles.
Concrètement, pour produire un kilo de certains métaux, il faut parfois traiter plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de tonnes de roche. Cela implique des procédés industriels longs, coûteux, énergivores et délicats sur le plan environnemental. Le véritable enjeu n’est donc pas la ressource elle-même, mais la maîtrise industrielle de toute la chaîne, de l’extraction au raffinage. C’est précisément sur ce terrain que certains pays ont pris vingt ou trente ans d’avance, tandis que l’Europe s’en détournait, pour des raisons tenant, à l’époque, au différentiel de coûts de main-d’œuvre et aux normes environnementales.