L'Espagnole Belén Garijo (65 ans) prendra fin avril la direction générale de Sanofi, une fois que l'assemblée générale aura reporté la limite d'âge de 65 à 70 ans.
REUTERS - Heiko Becker
À l'heure de changer de tête, Sanofi affiche une santé insolente mais fragile. Si les ventes s'envolent, portées par un seul traitement record, le Dupixent, la future directrice générale Belén Garijo prépare déjà une révision en profondeur de la stratégie pour assurer l'indépendance du groupe après 2030.
C’est un paradoxe comme l’industrie pharmaceutique en produit rarement. Jeudi 23 avril, Sanofi a présenté des résultats que le groupe qualifie lui-même de « solides ». Au premier trimestre, le chiffre d’affaires a grimpé de 6,2 % pour atteindre 10,51 milliards d’euros. Pourtant, l’ambiance au siège parisien est à la transition.
Le groupe s’apprête à accueillir sa nouvelle directrice générale, Belén Garijo. L’ancienne patronne de l’allemand Merck arrive dans un contexte particulier : elle remplace le Britannique Paul Hudson, évincé en février dernier après plusieurs échecs dans les phases de tests de nouveaux médicaments. Sa mission : transformer la réussite actuelle, très dépendante d’un seul produit, en un succès durable et diversifié.
Le vertige du produit unique
Aujourd’hui, la croissance de Sanofi repose sur les épaules d’un géant : le Dupixent. Ce traitement, utilisé pour l’asthme et diverses maladies de peau, a généré plus de 4 milliards d’euros de revenus sur les trois premiers mois de l’année. Il représente désormais 40 % des ventes totales de l’entreprise.
Le potentiel de ce médicament est immense. François Roger, directeur financier de Sanofi, anticipe un chiffre d'affaires annuel proche des 30 milliards de dollars d'ici à 2030, ce qui en ferait le quatrième médicament le plus important de l'histoire de la pharmacie. Mais cette réussite est une prison dorée. Les investisseurs et les analystes s'inquiètent : que se passera-t-il en 2031, lorsque Sanofi perdra l'exclusivité de sa recette et que les concurrents pourront produire des versions moins chères ?
L’heure du grand inventaire
Face à cette échéance, Belén Garijo ne compte pas rester immobile. À peine installée, la nouvelle dirigeante va « revisiter » le portefeuille de produits du groupe. Sous l'ère Hudson, Sanofi s'était replié sur ses forces — l'immunologie et les vaccins — en délaissant notamment la recherche contre le cancer.
Newsletter
Industrie et service
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.
Ce virage pourrait être remis en question. Le groupe envisage désormais d'élargir ses activités à d'autres domaines thérapeutiques. L’idée n’est pas d’abandonner ce qui marche, mais d’ajouter de nouveaux piliers. Déjà, certains lancements récents montrent des signes encourageants : les ventes de nouveaux produits comme l'Ayvakit (maladies immunitaires) ou l'Altuviiio (hémophilie) ont bondi de près de 50 % ce trimestre, pesant 1,2 milliard d'euros. C'est un début, mais c'est encore loin de compenser le poids du Dupixent.
La citadelle des vaccins face aux vents politiques
Dans cet inventaire, un secteur restera prioritaire : les vaccins. Malgré un climat tendu aux États-Unis, où le ministre de la Santé Robert Kennedy Jr exprime régulièrement ses doutes sur la vaccination, Sanofi maintient son cap. Les ventes de vaccins ont progressé de 2,1 % ce trimestre (1,29 milliard d'euros), portées par le succès du traitement contre la bronchiolite des bébés, le Beyfortus.
Pour François Roger, le groupe « continue à investir comme il l’a toujours fait ». Sanofi refuse de céder au « buzz négatif » et mise sur la science pour protéger ce pilier historique de son indépendance de production.
Un bénéfice opérationnel en progrès
Pour financer cette mutation, Sanofi peut compter sur une rentabilité accrue. Le bénéfice opérationnel (bénéfice net des activités) s'établit à 2,26 milliards d'euros, en hausse de 2,4 %. Cette performance est saluée par les experts financiers, comme ceux de Jefferies, qui notent que la baisse des dépenses en recherche et développement a permis de compenser les effets négatifs des taux de change.
L'enjeu pour Belén Garijo sera de réinvestir ces profits avec justesse. Entre la nécessité de rassurer la Bourse et l'urgence de préparer l'après-2031, la nouvelle patronne de Sanofi n'aura pas de période d'observation. Le grand inventaire a déjà commencé.