AstraZeneca, Sanofi... La méthode Trump attire les laboratoires européens aux États-Unis

Ce mardi, le britannique AstraZeneca a dévoilé investir 50 milliards de dollars d’ici 2030 aux États-Unis.
Umit Bektas

Ce mardi, le britannique AstraZeneca a dévoilé investir 50 milliards de dollars d’ici 2030 aux États-Unis.
Umit Bektas
La menace des droits de douane de Donald Trump sur le secteur pharmaceutique semble déjà porter ses fruits. Depuis quelques mois, de nombreux laboratoires européens ont annoncé de gros investissements outre-atlantique. Ce mardi, c'est le britannique AstraZeneca qui a dévoilé investir 50 milliards de dollars d'ici 2030 aux États-Unis, afin d'y fabriquer des médicaments, d'étendre certaines productions, et de financer ses programmes de recherche.
« Cet investissement reflète la volonté du Commonwealth de Virginie de créer des emplois hautement qualifiés dans les domaines scientifiques et technologiques, et renforcera la chaîne d'approvisionnement nationale en médicaments », a déclaré le directeur général de l'entreprise, Pascal Soriot, dans un communiqué.
Avec cet investissement, le laboratoire qui a enregistré déjà plus de 40 % de son chiffre d'affaires aux États-Unis l'année précédente, compte réaliser un chiffre de 80 milliards de dollars d'ici 2030 « dont 50 % générés aux États-Unis ».
Pour le moment, aucun droit de douane américain ne s'applique sur les médicaments. Si une surtaxe plancher de 10 % a été annoncée sur quasiment toutes les importations, ces produits en sont bel et bien exemptés. Néanmoins l'étau se resserre alors que l'administration Trump a lancé une enquête en avril sur les importations du secteur. De quoi inciter les laboratoires à rabattre leurs pions aux États-Unis pour la plus grande satisfaction du président américain. Ce dernier fait de la relocalisation des entreprises une des priorités économiques de son deuxième mandat.
Parmi les autres laboratoires qui ont déjà annoncé y investir ces derniers mois : le suisse Roche, numéro deux du secteur dans le monde, a promis un investissement de 50 milliards de dollars jusqu'à 2030. Novartis, un autre laboratoire suisse, a avancé le chiffre de 23 milliards. En mai, c'est le géant français Sanofi qui a annoncé 20 milliards.
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Outre l'incitation des droits de douane, les États-Unis sont surtout le plus gros marché pharmaceutique dans le monde. Ils représentent plus de 44 % des ventes mondiales, d'après les chiffres des entreprises du médicament datant de 2023. À titre de comparaison, la France est à 2,9 % et le Canada à 1,9 %. « Ces investissements représentent avant tout une tendance de fond, ils ont dû être programmés depuis des mois voire des années », pointe Virginie Lefebvre-Dutilleul, avocate Associée chez EY, spécialisée dans le secteur de la santé. « C'est aux États-Unis que les entreprises réalisent une énorme part de leur chiffre d'affaires, avec une rentabilité supérieure », le prix des médicaments étant beaucoup plus élevé que dans la plupart des autres pays. « La recherche dans le secteur y est aussi beaucoup plus avancée que dans d'autres pays, y compris l'Europe », complète-t-elle.
L'exode vers les États-Unis devrait se poursuivre. Mi-avril, une trentaine de laboratoires, parmi lesquels Novo Nordisk, Pfizer, Roche, Sanofi, Merck, GSK, Eli Lilly ou encore Servier, ont rédigé une lettre à l'attention de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Dans ce courrier, les patrons de ces grands groupes réclament à l'Europe « des mesures audacieuses » en matière de compétitivité. Sans quoi « d'ici à trois mois, 16,5 milliards d'euros d'investissements prévus pourraient être transférés hors d'Europe ». Dans le détail, ils demandent de revoir la politique des prix des médicaments en Europe, qui serait moins avantageuse qu'outre-Atlantique, mais aussi le cadre réglementaire comme la durée du processus pour les essais cliniques.
Des revendications répétées une nouvelle fois par les patrons de Novartis et Sanofi dans une tribune publiée dans le Financial Times fin avril. « Les perspectives sont prometteuses aux États-Unis, grâce à des politiques et réglementations favorisant un accès rapide et large des patients aux médicaments innovants. Malheureusement, ce n'est pas le cas de l'Europe », écrivent ainsi Vas Narasimhan (Novartis) et Paul Hudson (Sanofi).
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Courant mai, Trump a néanmoins sommé les entreprises du secteur de baisser le prix de leurs médicaments sous peine de mesures de rétorsion. « C'est un mouvement de réduction des prix de vente qui n'est pas nouveau et qui a déjà été mis en place sous Joe Biden », précise Virginie Lefebvre-Dutilleul. De quoi irriter les laboratoires pharmaceutiques, le laboratoire Roche ayant même indiqué qu'une telle mesure remettait en question ses investissements dans le pays. Mais le décret signé par Trump en ce sens a jusqu'ici été jugé flou et dans les faits, les prix des médicaments n'ont toujours pas baissé...