Tirant les leçons de la crise de 2022, Bruxelles exhorte les États membres à abaisser leurs objectifs de stockage de gaz pour l’hiver prochain. En renonçant au dogme du remplissage à 90 %, la Commission espère mettre fin à une anomalie de marché qui rend le gaz plus cher en été qu’en hiver.Les informations à retenir
La Commission européenne veut abaisser l’objectif de stockage de gaz de 90 % à 80 % pour éviter une « ruée de fin d’été » qui risque d’augmenter les prix.
En effet, la course au remplissage des réserves a rendu le gaz plus cher à l’achat en été qu’en hiver, ce qui détruit le modèle économique du stockage, pourtant crucial avec la guerre au Moyen-Orient.
Pour y remédier, le secteur plaide plutôt pour la création de réserves stratégiques hors-marché, pilotées par les Etats.
C’est un « mea culpa » qui ne dit pas son nom. En juin 2022, au déclenchement de la guerre en Ukraine, la Commission européenne avait imposé aux États membres de remplir à 90 % leurs stocks de gaz. Cette injonction devait sécuriser l’hiver face au chantage russe, mais elle avait produit un effet pervers : le sprint des Vingt-Sept pour reconstituer leurs réserves souterraines avait dopé la demande de ce combustible fossile. Ce qui avait « fait exploser les prix dès le mois d’août », rappelait vendredi Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, dans les colonnes du Monde.
Cette fois, Bruxelles veut éviter la « ruée de fin d’été ». L’Europe voit ses approvisionnements se réduire avec la guerre au Moyen-Orient. Pourtant, le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, a demandé samedi aux États membres d’abaisser l’objectif de remplissage à 80 % de leur capacité. L’idée est simple : étirer au maximum la campagne de reconstitution des réserves pour ne pas saturer la demande.
Prix incohérents
En effet, la course tous azimuts vers le stockage entraîne un cercle vicieux. Depuis deux ans, le mégawattheure (MWh) de gaz se vend plus cher pour une livraison en été que pour l’hiver suivant. Normalement, c'est l'inverse qui se produit : lors des mois les plus froids, le marché prévoit une augmentation de la consommation, et donc des tarifs.