Tchernobyl : 40 ans après l’accident, la centrale nucléaire de nouveau menacée

En février 2022, les forces armées russes ont occupé le site de Tchernobyl durant un mois.
© Shutterstock.com/Kamil Budzynski

En février 2022, les forces armées russes ont occupé le site de Tchernobyl durant un mois.
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Quarante ans après, il s’agit toujours de la pire catastrophe nucléaire civile de l’histoire. Le 26 avril 1986, à 01 h 23 du matin, le cœur atomique du réacteur numéro 4 de la centrale soviétique de Tchernobyl, situé à environ 130 kilomètres de Kiev en Ukraine, s’emballe et explose au cours d’un test de sûreté.
L’enquête révélera une suite d’erreurs humaines de manipulation, mais aussi « de graves insuffisances dans la conception du réacteur et du système d’arrêt », selon l’AIEA.
Le bilan humain est terrible, avec 4 000 morts avérés, selon un rapport de l’ONU, critiqué après sa publication pour avoir sous-estimé le nombre de victimes. Un autre bilan de l’ONG Greenpeace parle de 100 000 décès liés aux rejets radioactifs de la catastrophe, qui ont particulièrement touché trois pays, l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie.
Pour sécuriser la centrale, des travaux titanesques ont permis de recouvrir les vestiges du réacteur par deux « sarcophages », le premier en 1986, peu après l’accident, et le deuxième, disposé au-dessus et plus moderne, entre 2016 et 2017.
Mais cette sécurisation est aujourd’hui fragilisée. Avec la guerre en Ukraine, la nouvelle enceinte de confinement étanche a été perforée par un drone russe en février 2025. Cela provoque un nouveau risque de rejets radioactifs. Quarante ans après l’explosion, la menace n’est donc plus technique et interne. Elle est désormais géopolitique et externe.
Mardi de la semaine dernière, un rapport de Greenpeace est venu sonner l’alarme. L’ONG environnementale, connue pour son engagement antinucléaire, estime que la fonction de confinement de la nouvelle enceinte n’a pas pu être « pleinement rétablie » depuis l’incident.
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« Ce serait catastrophique car il y a quatre tonnes de poussière, de la poussière hautement radioactive, des granules de combustible et d’énormes quantités de radioactivité à l’intérieur du sarcophage », a rappelé Shaun Burnie, un spécialiste dans le domaine du nucléaire de Greenpeace Ukraine.
Selon le rapport de l’association, le système de contrôle de l’humidité, vital pour empêcher la corrosion des structures internes, est compromis par cette perte d’étanchéité.
Derrière ce risque majeur : les vibrations causées par les explosions russes à proximité et la fragilisation de l’enveloppe externe augmentent le risque d’un « effondrement structurel » du vieux sarcophage de 1986.
Un tel événement libérerait des tonnes de poussières hautement radioactives à l’intérieur de l’arche, avec de graves conséquences sanitaires et environnementales aux alentours du site.
Pour remédier au problème, une déconstruction des éléments instables de l’enceinte interne s’avère indispensable. Mais les travaux sont compliqués par le conflit. Des missiles russes passent encore à proximité immédiate de la centrale de Tchernobyl. Du propre aveu du directeur actuel de la centrale, Sergueï Nikolaïevitch Tarakanoff, la situation est aujourd’hui extrêmement « dangereuse ».
« Si une roquette tombe, non seulement dans l’enceinte de confinement, mais à seulement 200 mètres, cela créera un impact externe semblable à celui d’un séisme », s’est-il alarmé, en décembre 2025. « Et ce que l’accident de 1986 nous a montré, (…) c’est que les particules radioactives ne connaissent pas de frontières », a-t-il rappelé.
Demeure la question du coût des réparations. En mars dernier, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a relayé une estimation « aux alentours de 500 millions d’euros ».
Autre problème de taille, qui suscite l’inquiétude des experts nucléaires : depuis l’occupation russe temporaire du site en février 2022, sa maintenance est passée au second plan, avec une rupture dans la continuité des données de sécurité.
Les experts ne peuvent plus garantir l’intégrité des systèmes de surveillance radiologique en temps réel. En cause : les dommages subis par les infrastructures de communication et d’énergie lors des combats.
(Avec AFP)
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