Quinze ans après l’accident nucléaire de Fukushima, le site reste un immense chantier. Les opérations de démantèlement devraient s'achever bien au-delà 2050, contrairement à ce qu'indique encore le calendrier officiel.C’était il y a 15 ans, jour pour jour. A 14h46, un séisme frappe le Japon et provoque l’arrêt automatique des réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi. Les alimentations électriques externes, nécessaires au refroidissement des cœurs atomiques, sont perdues. Les diesels de secours prennent alors le relais, mais quelques dizaines de minutes plus tard, vers 15h30, un tsunami submerge l’installation nucléaire et noie ces alimentations de secours indispensables pour évacuer la chaleur résiduelle.
Cette perte du refroidissement des trois réacteurs en fonctionnement provoque alors la montée en température des combustibles et la fusion des cœurs sous forme de corium. Une réaction entre les combustibles et la vapeur d’eau produit alors de l’hydrogène, dont l’accumulation provoquera une série d’explosions les 12, 14 et 15 mars endommageant sévèrement les réacteurs 1, 3 et 4. L’accident est alors classé 7 sur l’échelle d’Ines, soit le niveau maximal.
Des réacteurs stabilisés
Quinze ans après cette catastrophe, dans quel état se trouve le site ? « La matière radioactive sur place continue à produire de la chaleur », toutefois, « les paramètres des réacteurs sont stabilisés », explique Igor Le Bars, directeur de l’expertise au sein de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). « La température et la concentration en hydrogène sont stables et contrôlées grâce à une injection d’eau », poursuit-il. Environ un mètre cube d’eau par heure est déversé, soit 50 fois moins qu’au moment de l’accident.
Aujourd'hui, l’eau contaminée, par infiltration dans les bâtiments, est rejetée très progressivement dans la mer après avoir été traitée par des systèmes de filtration, puis diluée. « Ces rejets ne représentent aucun risque. Les valeurs sont largement inférieures aux valeurs admises par l’Agence internationale de l’énergie atomique », explique Vincent Gorgues, un des quatre conseillers internationaux spéciaux de la NDF, l’organisme japonais chargé de l’indemnisation des dommages nucléaires et du démantèlement de la centrale de Fukushima.