Feux de détresse. L'édito de Soazig Quéméner

Des touristes observent un incendie de forêt près du bassin d’Arcachon depuis Gujan-Mestras (Gironde), le 24 juillet 2026.
LTD/REUTERS/Stephane Mahe

Des touristes observent un incendie de forêt près du bassin d’Arcachon depuis Gujan-Mestras (Gironde), le 24 juillet 2026.
LTD/REUTERS/Stephane Mahe
Il faut s’arrêter sur ces images, capturées par une habitante du Cap-Ferret alors qu’elle évacue vendredi la presqu’île par la mer. Au nord, elle pointe le premier feu déclenché à Saumos, qui se rapproche du bassin d’Arcachon. Au sud, on discerne le panache de l’incendie de Biscarrosse. Et, au milieu de l’eau, des femmes, des hommes, des enfants cernés par « les deux ogres de l’été », selon les mots de Sophie Brocas, la préfète de Gironde qui a orchestré la fuite de toute une population chassée par les flammes. 167.000 déplacés dans le département, 31.000 dans les Landes voisines. Et combien demain ? L’exode en temps de paix.
Jusqu’ici, les réfugiés climatiques avaient le visage de Simon Kofe. Ce ministre des Affaires étrangères de Tuvalu, État insulaire du Pacifique, est connu pour avoir prononcé son discours à la COP26 de Glasgow, en 2021, avec de l’eau jusqu’aux genoux afin d’alerter sur le risque que l’élévation du niveau de la mer faisait peser sur son tout petit pays. Cinq ans plus tard, une partie des 10.000 habitants de Tuvalu est déjà installée en Australie.
Les Girondins, les Landais et les Varois contraints ce mois-ci de quitter leurs domiciles pour échapper aux ravages de feux à la trajectoire imprévisible rejoignent à leur tour, et à leur cœur défendant, le contingent de ces exilés climatiques. Pour la plupart, ils retrouveront bien heureusement leurs foyers, mais tous seront frappés, marqués à vie par la mémoire de ces flammes monstrueuses.
Comment éviter de revivre été après été de tels déracinements, de telles dévastations ? Des réponses existent, comme le souligne le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, dans l’interview qu’il nous accorde : une vigilance de tous les instants, une traque sans merci des incendiaires volontaires, des moyens terrestres prépositionnés, un débroussaillage sourcilleux.
Et la nécessité surtout de bien mieux nous adapter. Dans l’Histoire, chaque feu gigantesque a contraint les hommes à repenser leurs systèmes défensifs. Après le grand incendie de Rome, en l’an 64, l’empereur Néron ordonne l’élargissement des rues pour ralentir la propagation des flammes. En 1666, celui de Londres ouvre l’ère de l’urbanisme moderne. Plus récemment, le brasier de Notre-Dame a obligé nos monuments nationaux à auditer leurs systèmes de sécurité incendie.
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Quels enseignements tirera-t-on de ces mégafeux quand ils seront enfin étouffés ? Que nos pompiers, toujours volontaires, montrent un engagement exceptionnel, parfois au prix de leur vie. Certainement pourra-t-on aussi se féliciter d’une formidable réussite française liée à la culture de protection des personnes. À ce jour, en dépit du monstre de flammes qui dévore la Gironde, aucune victime civile n’est à déplorer dans le département. Le plan d’évacuation de la presqu’île du Cap-Ferret établi après l’incendie de 2022 a été méthodiquement mis à exécution. La prévoyance se forge dans les feux de l’adversité.
Cela n’empêchera pas la polémique de s’embraser, attisée notamment par le RN, à propos des moyens aériens déployés. Il sera utile de rappeler aux plus critiques l’apport du mécanisme européen de protection civile, activé par la France vendredi. On pourrait aussi leur suggérer de regarder au-delà des Pyrénées : confronté lui aussi à des incendies hors de contrôle dans la région de Madrid, le royaume d’Espagne a dû décréter l’État d’urgence.