Ormuz : Shell alerte sur un choc énergétique appelé à durer « un an, voire plus »

Pour le directeur général de Shell, Wael Sawan, la normalisation sur les marchés du pétrole et du gaz ne sera ni rapide, ni linéaire.
ES - REUTERS - Edgar Su

Pour le directeur général de Shell, Wael Sawan, la normalisation sur les marchés du pétrole et du gaz ne sera ni rapide, ni linéaire.
ES - REUTERS - Edgar Su
Choc systémique sur les marchés pétroliers et gaziers mondiaux. Le blocage du détroit d’Ormuz, théâtre d’une escalade militaire depuis le début du conflit au Moyen-Orient, provoque des perturbations inédites du système énergétique mondial. Pour le directeur général de Shell, la normalisation ne sera ni rapide ni linéaire. « Il faudrait selon nous près d’un an, voire plus, pour retrouver un point d’équilibre », estime-t-il.
Cette projection résume à elle seule l’ampleur du choc en cours. Mercredi, Wael Sawan, patron du groupe énergétique britannique, a décrit à Londres, lors d’un sommet de dirigeants organisé par le Wall Street Journal, une situation qu’il juge « jamais vues auparavant » pour les équilibres mondiaux de l’énergie.
Au cœur de la crise : le détroit d’Ormuz, verrou stratégique par lequel transitait habituellement près de 20 millions de barils de pétrole par jour. Depuis le début des hostilités entre l’Iran, les États-Unis et Israël, Téhéran en perturbe fortement le fonctionnement, entraînant une quasi-paralysie de ce corridor vital.
Selon les chiffres avancés par Wael Sawan, « nous en sommes désormais à 100 jours (de blocage) avec plus de 10 % de la production mondiale de pétrole retirée du marché (...) et environ 20 % de la production de GNL à l’arrêt ». Une contraction brutale de l’offre qui se répercute immédiatement sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les effets les plus visibles se concentrent en Asie, où plusieurs économies ont dû recourir à des mesures d’urgence. « Les conséquences ont été particulièrement aiguës en Asie » a souligné le dirigeant, précisant que « nous avons vu des pays comme le Vietnam, l’Indonésie, la Thaïlande recourir massivement au rationnement des carburants, l’Inde également ». Plus encore, « nous avons vu le Pakistan et les Philippines passer à des semaines de quatre jours ».
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Au-delà de la volatilité des prix, c’est donc l’organisation même de certaines économies émergentes qui est directement affectée. Même dans l’hypothèse d’une désescalade militaire rapide, le rétablissement du système énergétique mondial s’annonce long et complexe. Pour Shell, les déséquilibres actuels laisseront des traces durables sur les flux commerciaux et les capacités de production.
La crise ne touche pas uniquement le pétrole. Le gaz naturel liquéfié est également fortement perturbé, notamment à travers les infrastructures du Golfe. Le site de Ras Laffan, au Qatar — plus grand pôle mondial de liquéfaction — a subi des dommages significatifs.
« Nous sommes à plein régime pour le réparer. Nous avons déjà dégagé tous les débris. Nous avons déjà commandé les équipements à long délai de livraison. Nous espérons donc pouvoir remettre l’installation en service vers la fin du premier trimestre de l’année prochaine », a détaillé le dirigeant de Shell.
Si les prix élevés du pétrole ont, dans un premier temps, soutenu les résultats financiers des majors énergétiques, la situation actuelle fait peser un risque structurel sur l’ensemble du secteur. Shell, qui avait publié en mai un bénéfice net en forte hausse au premier trimestre, alerte désormais sur les effets de long terme du conflit sur sa production de gaz.
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