Pétrole : les stocks mondiaux s’approchent d’un seuil critique avant le pic de l'été
latribune.fr
Les prélèvements sur les stocks restent élevés, au moment même où la consommation de carburants doit traditionnellement s'intensifier avec les déplacements estivaux.
Alors que les stocks mondiaux de pétrole s’érodent rapidement sous l’effet de perturbations persistantes de l’offre, l’Agence internationale de l’énergie met en garde contre un possible passage en zone critique avant le pic saisonnier de la demande estivale.
Les stocks mondiaux de pétrole pourraient entrer dans une zone de tension critique à l’approche de l’été, alors que les perturbations persistantes de l’offre continuent de vider les réserves à un rythme soutenu et que la demande saisonnière s’apprête à atteindre son pic dans l’hémisphère Nord, alerte l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Dans un contexte déjà fragilisé par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les perturbations du détroit d’Ormuz, l’agence met en garde contre un possible point de rupture. Les prélèvements sur les stocks restent élevés, au moment même où la consommation de carburants doit traditionnellement s’intensifier avec les déplacements estivaux.
« Nous observons une poursuite des prélèvements à l’approche de l’été, avec la possibilité voire la probabilité que nous tombions à des niveaux critiques ou encore des planchers historiques juste avant le pic de la demande estivale », a déclaré Toril Bosoni, responsable de la division industrie et marchés pétroliers de l’AIE.
Un marché sous contrainte
La mécanique de marché apparaît de plus en plus déséquilibrée. D’un côté, les producteurs du Golfe ont perdu environ 14 millions de barils par jour depuis fin février selon l’AIE, sous l’effet des perturbations logistiques et géopolitiques. De l’autre, les producteurs des Amériques — États-Unis, Brésil, Argentine ou encore Venezuela — compensent partiellement la baisse, avec une croissance attendue de 1,5 million de barils par jour en 2026.
Mais ces ajustements restent insuffisants pour absorber les pertes liées aux ruptures d’approvisionnement. Résultat : les stocks mondiaux se contractent rapidement, accentuant la sensibilité du marché à tout choc supplémentaire.
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Le détroit d’Ormuz, variable clé
Au cœur des tensions, le détroit d’Ormuz reste un point névralgique. Sa réouverture complète, en cas d’accord entre l’Iran et les États-Unis, prendrait dans le meilleur des cas six à huit mois, selon l’AIE. Un horizon trop lointain pour stabiliser rapidement le marché.
Dans ce contexte, l’hypothèse de nouvelles libérations de stocks d’urgence n’est pas écartée, mais elle reste limitée dans son efficacité. Environ la moitié des 400 millions de barils déjà mobilisés en mars n’a pas encore atteint le marché, réduisant la marge de manœuvre à court terme.
« Dans tous les cas, les libérations de stocks d’urgence ne constituent qu’une mesure transitoire : elles ne résoudront pas ce problème. L’ampleur des pertes d’offre est telle que l’ajustement devra se faire du côté de la demande », a souligné Toril Bosoni.
Vers un ajustement par les prix et la demande
L’AIE observe déjà des signes d’ajustement côté consommation, sous l’effet combiné de la hausse des prix et du ralentissement économique. La “destruction de la demande” — lorsque des prix élevés contraignent les consommateurs à réduire leurs achats — devient un mécanisme central de rééquilibrage. « Les principaux facteurs d’ajustement observés sur les marchés proviennent du côté de la demande », a insisté Toril Bosoni.
Les données confirment cette tendance : les importations chinoises de brut ont reculé de 6 millions de barils par jour en mai par rapport à mars, contribuant à modérer les tensions sur les prix malgré les perturbations d’offre. Sur les marchés, le baril de Brent s’échangeait récemment juste sous les 94 dollars, un niveau supérieur à celui d’avant-crise mais encore éloigné des sommets atteints plus tôt dans l’année, au-delà de 126 dollars. Cette relative stabilité s’explique précisément par la faiblesse de la demande mondiale, qui amortit partiellement le choc d’offre.
Dans son dernier rapport, l’AIE souligne que, malgré une reprise de la production dans les Amériques, les gains attendus ne suffisent pas à compenser les volumes perdus ou détournés en raison des tensions géopolitiques.