REPORTAGE - Derrière l’image spectaculaire de la déconstruction, le démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim repose sur une équation lourde : trier, stocker, recycler 405 000 tonnes de matériaux. Un chantier à 1,4 milliard d’euros sur 22 ans.
À Fessenheim, le démantèlement s’apprête à changer d’échelle industrielle. Après la publication le 3 mai du décret autorisant la déconstruction complète de l’ancienne centrale nucléaire alsacienne, EDF ouvre un chantier qui durera plus de vingt ans, coûtera 1,4 milliard d’euros et produira 405 000 tonnes de déchets.
L’électricien va tester en grandeur nature sa capacité à trier, entreposer, transporter et recycler des volumes massifs de matériaux, dont une fraction radioactive concentre l’essentiel des contraintes. Les opérations de démantèlement commenceront en juin sur le site de Fessenheim, après l'ultime approbation encore attendue de l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).
« Ce décret permet de rentrer dans la troisième phase de vie de notre installation nucléaire, après la construction en 1971 et l’exploitation qui s’est arrêtée en 2020 », a rappelé Pierre-Jean Barret, directeur de la centrale nucléaire de Fessenheim, à l’occasion d’une visite de presse le 21 mai. « Le combustible nucléaire usé qui était resté présent à la fin de l’exploitation a été évacué dès l’été 2022. Nous avons déjà éliminé 99,9 % de la radioactivité du site », estime Pierre-Jean Barret.
Des filières spécialisées
Le principal enjeu n’est plus le combustible. Ce sont désormais les matières issues de la déconstruction. Sur les 405 000 tonnes de déchets générés, selon les calculs d’EDF, 95 % correspondront à des matériaux conventionnels non radioactifs : bétons, gravats, métaux. Le reste, soit 5 %, relèvera des différentes catégories de déchets radioactifs qui vont emprunter des filières spécialisées.
« Ces filières sont connues, existantes et maîtrisées avec l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, ndlr) », rappelle Johann Maisonneuve, chef de projet chez EDF pour le démantèlement. Dans le détail, toujours selon les données d’EDF, les déchets de moyenne activité à vie longue ne représenteront que 0,1 % de l’ensemble des déchets à évacuer de Fessenheim, soit 405 tonnes. Ce sont eux qui cristallisent les précautions les plus lourdes. « Les déchets radioactifs à vie longue partiront vers l’Iceda (installation de conditionnement et d’entreposage des déchets activés située au Buget dans l’Ain, ndlr) avant l’exutoire final de Cigéo », détaille Johann Maisonneuve.
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