Chèque énergie : 6 foyers bénéficiaires sur 10 pénalisés par le versement tardif

Près des trois quarts des foyers français ont restreint le chauffage chez eux en 2025 pour éviter d’avoir une facture trop élevée.
© Etadly, Pixabay

Près des trois quarts des foyers français ont restreint le chauffage chez eux en 2025 pour éviter d’avoir une facture trop élevée.
© Etadly, Pixabay
Rarement les Français n’ont eu autant de mal à régler leur facture d’électricité ou de gaz. Plus d’un tiers d’entre eux (36 %) a déclaré avoir rencontré des difficultés de paiement cette année, selon le baromètre annuel du médiateur national de l’énergie publié ce mardi. Un niveau en forte hausse par rapport à 2024 (+8 points, soit 28 %) et qui a même doublé comparé à 2020 (18 %).
Autre indicateur de l’ampleur de la précarité énergétique qui touche des millions de ménages français : la restriction de chauffage pour raison financière. Près des trois quarts des foyers (74 %) ont ainsi coupé ou baissé leur thermostat pour éviter de faire grimper leur facture. C’est légèrement moins que l’année précédente (75 % en 2024) mais largement plus que cinq ans en arrière (53 % en 2020). Si bien que 35 % des ménages ont déclaré avoir souffert du froid dans leur logement pendant au moins une journée complète l’hiver dernier, un chiffre lui aussi en augmentation (30 % en 2024, 14 % en 2020).
En plus de la progression du montant des factures d’énergie constatée par une majorité des foyers interrogés dans le cadre du baromètre 2025, c’est la distribution tardive du chèque énergie qui a compliqué la situation pour nombre de ménages. Pour rappel, cette aide, comprise entre 48 et 277 euros cette année (avec une moyenne de 150 euros), est destinée à aider les foyers modestes à régler leurs factures d’énergie. Or, elle n’a toujours pas été distribuée en 2025.
Les versements commenceront à partir du 3 novembre et s’étaleront sur trois semaines pour les 3,8 millions de foyers identifiés comme automatiquement éligibles, indique le site Internet du ministère de l’Économie. C’est bien plus tard que la période - avril - initialement prévue depuis 2018 et la généralisation de ce dispositif, qui a remplacé les tarifs sociaux du gaz et de l’électricité. Un décalage justifié par Bercy par « l’adoption tardive » de la loi de finances pour 2025, qui n’a été promulguée qu’en février à cause de la censure du gouvernement de Michel Barnier en décembre 2024.
Un changement de calendrier qui n’est pas sans conséquence : six foyers bénéficiaires sur dix ont déclaré avoir rencontré des difficultés cette année en raison de ce changement de date. Cela s’est traduit par une difficulté de paiement pour 35 % d’entre eux et par des coupures ou des réductions d’énergie pour 10 %. Car le calendrier habituel correspond mieux aux besoins des ménages modestes. Le chèque permet d’ordinaire de couvrir les factures de l’hiver, généralement les plus élevées, voire les régulations de début d’année.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Mais ce décalage est « exceptionnel », assure le ministère de l’Économie. « À partir de l'année 2026, les chèques énergie seront de nouveau envoyés au printemps ». Rien n’est moins sûr tant que le projet de loi de finances pour 2026 n’est pas adopté. Or, son examen a démarré la semaine dernière et son adoption n'est pas garantie.
Reste que c’est davantage la pérennité du dispositif qui inquiète. L’UFC-Que Choisir a tiré la sonnette d’alarme début septembre sur une potentielle suppression du chèque énergie. D’après la présidente de cette association de consommateurs, cette éventualité a été posée dans un récent rapport consacré à l’articulation entre aides publiques et enjeux environnementaux, réalisé par l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD). Selon ces deux organismes, le chèque énergie est un dispositif « de soutien à la consommation d’énergie (allant) à l’encontre de la sobriété énergétique » et « une dépense fiscale dommageable à la biodiversité ». Un avis que ne partage pas l’association pour qui cette aide « permet à des personnes aux faibles ressources de vivre décemment ».
L’UFC-Que choisir dénonce en outre que le montant du chèque énergie n’ait pas été valorisé depuis six ans. Un manquement également déploré par la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) et le Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal), alors que « le tarif de base de l’électricité a bondi de 41,5 % TTC entre 2019 et mars 2025 », ont-ils rappelé lors d’une conférence de presse en juin dernier. La précarité énergétique concernerait 12 millions de personnes en France, d’après le collectif STOP Exclusion énergétique. En plus d’alourdir les factures, ses conséquences sont d’ordre social puisqu’elle entraîne une dégradation de la santé et du mal-être des habitants et leur impose des conditions de vie indignes.
À lire également
Le système « heures pleines/heures creuses » change au 1er novembre
C’est une réforme qui doit permettre de baisser la facture des ménages. À compter de ce 1er novembre, le système « heures pleines/heures creuses », mis en place dans les années 1960 dans la foulée des premières centrales nucléaires, va changer. Les heures dites creuses, celles où l’électricité est moins chère, seront placées l’après-midi plutôt qu’au crépuscule. Objectif : inciter les usagers à lancer leurs appareils électriques en milieu de journée, de sorte à écouler la production des panneaux photovoltaïques, souvent trop importante à ces périodes par rapport à la demande.
Ce changement concerne 11 millions de foyers sur les 14,5 millions disposant de cette option heures pleines/heures creuses, les 3,5 millions restants bénéficiant déjà de plages horaires compatibles avec ces nouvelles règles. La réforme se fera en deux temps, du 1er novembre 2025 à octobre 2027, et ne concernera que les clients ayant un compteur Linky.
Éolien en mer flottant : la filière est prête à passer à l’échelle industrielle en Méditerranée
Nucléaire : EDF s'apprête à signer un méga-contrat pour le génie civil de ses six EPR2
L’accord Trump-TotalEnergies sur l’abandon de l'éolien offshore attaqué en justice par sept États
Solaire résidentiel : la filière dénonce un « dogme fiscal » qui freine les batteries