Cette scission s'inscrit dans une stratégie plus large de démantèlement progressif d'un groupe historique, autrefois pilier de l'industrie allemande.
/FW1FP/Andrew Heavens - REUTERS - Leon Kuegeler
Thyssenkrupp engage une nouvelle étape de sa restructuration en approuvant la scission de sa branche matériaux, première division du groupe allemand en termes de revenus, afin de la préparer à une introduction en Bourse.
Le conglomérat allemand en crise poursuit sa restructuration à marche forcée. Thyssenkrupp a validé mardi la scission de sa principale division en termes de chiffre d’affaires, sa branche matériaux, en vue d’une introduction en Bourse d’ici la fin de l’année. Une nouvelle étape clé dans la transformation d’un groupe longtemps symbole de l’industrie lourde allemande, aujourd’hui fragilisé par la concurrence mondiale et la hausse des coûts de l’énergie.
Renommée récemment Accelis, cette activité doit devenir une entité indépendante, tout en restant sous le contrôle majoritaire de la maison mère, qui conservera 51 % du capital. Le reste sera réparti entre les actionnaires actuels du groupe, au prorata de leur participation.
Dans un communiqué, Miguel Lopez, patron de Thyssenkrupp, défend une étape jugée décisive : « Le moment est venu de franchir l’étape suivante et de faire de TK Accelis une entreprise indépendante », « un distributeur de matériaux entièrement intégré et un prestataire puissant de services logistiques », a-t-il déclaré. Le projet sera soumis à une assemblée générale extraordinaire prévue le 7 août, qui devra entériner la manœuvre.
Démantèlement progressif
Du côté social, les garde-fous ont été mis en avant pour tenter d’apaiser les inquiétudes. « Nous avons imposé des garde-fous importants », a assuré dans un communiqué Ingo Klötzer, responsable du syndicat IG Metall, évoquant notamment le maintien des conventions collectives jusqu’en 2033 pour les salariés d’Accelis.
Cette scission s’inscrit dans une stratégie plus large de démantèlement progressif d’un groupe historique, autrefois pilier de l’industrie allemande. Thyssenkrupp incarne désormais les tensions d’un modèle industriel sous pression, entre désindustrialisation relative, coûts énergétiques élevés et mutation des chaînes de valeur mondiales.
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En 2025, face à la crise, le groupe a accéléré la mise en autonomie de ses différentes activités — des sous-marins aux technologies vertes, en passant par l’acier et les matériaux — avec l’objectif de les ouvrir davantage aux investisseurs externes. Première étape de cette stratégie, la division navale TKMS a été introduite en Bourse à Francfort en octobre, portée par les perspectives liées au réarmement européen. Mais la branche sidérurgique paie déjà le prix de cette réorganisation, avec une réduction d’un tiers des effectifs prévue d’ici 2030 et une contraction de la production.
La future entité Accelis, pourtant première contributrice au chiffre d’affaires du groupe, n’échappe pas à la pression du cycle industriel. Elle a enregistré sur l’exercice décalé 2024-2025 une baisse de 6 % de ses ventes et de ses commandes. Employant 15.500 salariés, la division souffre directement du ralentissement de la demande dans ses principaux débouchés : automobile, mécanique et construction. Une fragilité qui illustre, une nouvelle fois, les défis structurels auxquels est confrontée l’industrie lourde européenne.