ENQUÊTE. Les actifs industriels fragiles, qui se multiplient en France, attirent un nouveau genre de repreneurs : les fonds de retournement, majoritairement étrangers. Si certains ont de véritables désirs de relance, d’autres ont des méthodes qui posent des questions.Qui pouvait prédire une telle issue ? À peine un an après sa reprise à la barre du tribunal de commerce de Strasbourg par le fonds de retournement Greybull Capital, l’aciériste NovAsco (anciennement Ascometal) a été de nouveau placé en redressement judiciaire par son propriétaire. Douze mois durant lesquels l’investisseur britannique n’a pas tenu ses promesses financières.
« L’échec du retournement de l’entreprise est d’abord lié à une dégradation de la situation économique. Les besoins en dépenses d’investissement ont été sous-estimés. S’ajoute ensuite le non-respect, constaté, par l’actionnaire de son engagement à apporter 15 millions d’euros directement (seulement 1,5 million a été apporté) et à en lever 75 (25 ont été levés) », peste un proche du dossier, tandis que l’État a injecté 75 millions d’euros dans ce plan de reprise.
Fonderie SAM en redressement
Les quatre usines du groupe et leurs quelque 800 collaborateurs devraient en savoir davantage sur leur avenir le 25 septembre, à l’issue d’une nouvelle audience du tribunal de commerce de Strasbourg. Celui-ci doit étudier les marques d’intérêts des repreneurs potentiels. Au-delà de ce cas emblématique, ce n’est pas la première fois qu’un fonds de retournement échoue dans le sauvetage d’un actif industriel tricolore, en ne tenant pas ses promesses.
Au cœur de la région Occitanie, dans l’Aveyron, la fonderie SAM et ses 300 collaborateurs ont connu pareille mésaventure. En redressement judiciaire, elle est alors reprise en 2017 par le fonds d’investissement chinois Jinjiang, qui promet d’y investir 18 millions d’euros pour la sortir de sa Renault dépendance. Face à l’absence de ce nouvel actionnaire, l’administrateur judiciaire reprend la direction de la fonderie spécialisée dans l’automobile moins de deux ans plus tard, sans pour autant éviter sa liquidation en 2021.