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G7 : derrière les minerais critiques, une guerre industrielle à 360 milliards d’euros

latribune.fr

Publié le 17 juin 2026 à 11:15

Un véhicule de chantier transporte du minerai vers un concasseur à la mine de terres rares de MP Materials, à Mountain Pass, en Californie.

Un véhicule de chantier transporte du minerai vers un concasseur à la mine de terres rares de MP Materials, à Mountain Pass, en Californie.

/FW1HFS/Eileen Soreng - REUTERS - Steve Marcus

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À Évian, les dirigeants du G7 veulent acter une réponse commune à la mainmise chinoise sur les minerais critiques, après des restrictions d’exportation qui ont perturbé des chaînes entières et un déficit commercial européen record de plus de 360 milliards d’euros avec Pékin. Objectif : transformer une vulnérabilité stratégique en rapport de force industriel.

À Évian, les dirigeants du G7 s’apprêtent à adopter un texte commun sur les minerais critiques, un an après les restrictions chinoises sur les aimants permanents qui ont pris de court des filières entières de l’énergie, de la défense et de la tech. L’Union européenne a enregistré l’an dernier son plus important déficit commercial jamais enregistré avec la Chine, à plus de 360 milliards d’euros, transformant une dépendance minière en dossier explosif de politique industrielle. La présidence française du G7 a fait de la sécurisation de ces chaînes d’approvisionnement un marqueur de son agenda, en reliant ouvertement minerais critiques, souveraineté industrielle et rééquilibrage du commerce mondial.

Le sommet d’Évian arrive après une séquence très offensive de Paris, qui a réuni début mai les ministres en charge des minéraux critiques des pays du G7, ainsi que l’Australie, la Corée du Sud, la Commission européenne, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’OCDE, pour poser les bases d’une coopération structurée. L’objectif affiché est clair : réduire des vulnérabilités jugées « structurelles », nées de la concentration géographique des chaînes de valeur et de la montée des tensions géopolitiques, qui menacent la résilience économique du bloc. La Chine a rappelé sa capacité de nuisance à l’été 2025, en imposant des restrictions à l’exportation d’aimants permanents à base de terres rares, des composants indispensables aux véhicules électriques, aux éoliennes, à certains radars et équipements militaires. Cet épisode a fait basculer le sujet des rapports d’experts vers les cellules de crise des grands groupes, révélant à quel point les chaînes occidentales sont dépendantes de produits intermédiaires fabriqués en Chine.

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Dans le même temps, l’excédent commercial chinois vis‑à‑vis de l’Europe a atteint un niveau record, alimenté par les ventes de biens manufacturés à plus forte valeur ajoutée, des batteries aux équipements photovoltaïques. Les dirigeants européens parlent désormais de « deuxième choc chinois », par analogie avec les années 2000 où l’avantage était la main‑d’œuvre bon marché, mais en soulignant que le cœur du problème a glissé vers la maîtrise des technologies et des goulots d’étranglement industriels. À Évian, la discussion sur les minerais critiques n’est donc plus un dossier technique de ministres sectoriels : elle touche directement à la puissance industrielle, à la transition énergétique et à la capacité de l’Occident à peser dans la compétition avec Pékin.

Comment Pékin a verrouillé la chaîne des métaux stratégiques

La dépendance européenne ne se joue pas seulement dans les mines. Les travaux de la Commission et de plusieurs think tanks rappellent que l’UE importe 95 % de ses matériaux à base de terres rares, la quasi‑totalité provenant de Chine pour certains segments. Sur plusieurs matières classées critiques, l’Europe dépend à plus de 80 % des importations, et pour une dizaine de matières stratégiques la Cour des comptes européenne parle de dépendance « totale ». La Chine ne contrôle pas toutes les réserves mondiales, mais elle s’est progressivement imposée comme acteur dominant dans les étapes les plus sensibles de la chaîne de valeur : raffinage des minerais bruts, séparation des terres rares, transformation en oxydes, puis fabrication d’aimants permanents ou de matériaux avancés pour batteries.

Sur les terres rares, plusieurs analyses convergent pour attribuer à la Chine une large majorité de la capacité mondiale de raffinage et une position quasi hégémonique dans la production d’aimants permanents, dont l’Europe importe plus de 95 % depuis l’Asie orientale. C’est cette maîtrise des maillons intermédiaires qui fait la différence : perdre l’accès à ces produits, même temporairement, suffit à interrompre une chaîne de production d’éoliennes, de moteurs électriques ou de systèmes de guidage, même si le minerai est extrait ailleurs. Pékin dispose ainsi d’un levier géo‑économique qui dépasse largement le seul marché des matières premières, en lui permettant de cibler des filières clefs de la décarbonation et de la défense occidentale sans fermer le robinet sur les volumes bruts.

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Ce verrouillage s’inscrit dans une stratégie de long terme. Depuis le début des années 2000, la Chine a accepté le coût environnemental du traitement des minerais, a subventionné le développement de capacités de raffinage et a favorisé l’intégration verticale de ses champions, des mines jusqu’aux composants finaux. Résultat : quand l’UE découvre l’ampleur de sa dépendance via le débat sur les minerais critiques, Pékin est déjà en position de force dans la nouvelle hiérarchie industrielle des technologies vertes et numériques.

Vers une « alliance des minerais » et des achats conjoints

Face à cette situation, les pays du G7 ont commencé à structurer une réponse commune dès 2025, avec l’annonce au Canada d’une alliance destinée à contrer la mainmise chinoise sur les minéraux critiques. Les ministres de l’Énergie ont alors évoqué la création d’un cadre pour coordonner les investissements dans de nouvelles capacités d’extraction et de raffinage hors Chine, partager l’information sur les stocks stratégiques et aligner des normes de durabilité et de traçabilité. La réunion organisée à Paris en mai 2026 par la France a prolongé ce mouvement, en élargissant la discussion à l’Australie et à la Corée du Sud, deux fournisseurs et partenaires industriels clés pour les métaux de la transition énergétique.

À Évian, plusieurs options sont sur la table : mécanismes de soutien de prix pour sécuriser la rentabilité de projets miniers ou de raffinage jugés stratégiques, achats conjoints de certains minerais critiques pour peser davantage dans la négociation commerciale, et subventions ciblées pour attirer des projets industriels dans des pays du G7 ou des partenaires jugés fiables. Washington pousse aussi l’idée d’un « bloc » dédié aux minéraux critiques, qui associerait des règles préférentielles entre membres, mais ce schéma se heurte aux inquiétudes européennes face à une déclinaison minière de la logique « America First ». Les Européens cherchent à concilier la diversification des approvisionnements avec la préservation de leur propre base industrielle, alors que les États‑Unis n’hésitent pas à recourir à des crédits d’impôt massifs pour rapatrier les chaines de valeur liées aux batteries et aux véhicules électriques.

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Le G7 discute aussi de normes, en particulier sur la traçabilité et les critères sociaux et environnementaux applicables aux projets miniers financés ou soutenus par les pays membres. L’idée est double : réduire le risque de voir la diversification se traduire par une « course vers le bas » dans des pays fragiles, tout en créant un standard que ne pourront ignorer ni les grands acteurs privés ni la Chine elle‑même si elle veut continuer à accéder à certains marchés.

L’Europe en première ligne

Côté européen, le sommet d’Évian s’inscrit dans la continuité d’un arsenal déjà engagé avec le règlement sur les matières premières critiques adopté en 2024, qui liste 34 minerais et métaux critiques et distingue 17 matières stratégiques pour la transition énergétique et numérique. Ce texte, souvent présenté comme le « Critical Raw Materials Act », fixe des objectifs à l’horizon 2030 : atteindre une part minimale de l’extraction, du raffinage et du recyclage sur le sol européen, et limiter à un certain seuil la dépendance à un seul pays pour les matières stratégiques. En France, un plan national sur les terres rares a été présenté début mai pour « sécuriser la chaîne de valeur de A à Z », combinant soutien à des projets industriels, partenariats internationaux et réflexion sur les stocks stratégiques.

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Les chefs d’État et de gouvernement de l’UE doivent, dès le lendemain du G7, se retrouver à Bruxelles pour discuter d’un usage plus strict et plus systématique des instruments de défense commerciale face à la montée des importations chinoises, sur les véhicules électriques comme sur d’autres secteurs. La Commission a déjà ouvert plusieurs enquêtes antisubventions visant des produits chinois jugés sous‑facturés ou fortement aidés, et prépare des dispositifs pour conditionner l’accès au marché européen au respect de certaines règles de transparence sur les aides d’État. Dans ce contexte, sécuriser les minerais critiques et rééquilibrer le commerce sont deux faces d’une même stratégie : réduire les risques de rupture d’approvisionnement tout en limitant l’érosion de la base industrielle européenne.

(Avec Reuters)

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