Quand la verrerie Duralex peine à sortir de ses difficultés après sa reprise en Scop par ses salariés en 2024, le fabricant audois de glaces La Fabrique du Sud, passé par les mêmes affres il y a plus de dix ans, fait la démonstration de la pertinence du modèle coopératif.Les difficultés et le changement de direction survenu chez Duralex, verrerie reprise par ses 243 salariés en 2024, avaient notamment agité les réseaux sociaux, provoquant force moqueries : comment une coopérative ouvrière pourrait-elle faire mieux qu’une entreprise « classique » ? En décembre 2025, l’offre de reprise en Scop de Brandt, portée par les salariés, n’a pas été retenue, malgré le soutien des élus locaux et de l’État pour sauver près de 400 emplois.
« La reprise d’une entreprise en difficulté par ses salariés est un phénomène assez rare, seules 7 % des coopératives françaises sont issues d’une telle procédure », observe Timothée Duverger, titulaire de la chaire TerrESS, spécialisée dans l’économie sociale et solidaire, à Sciences Po Bordeaux.
Et les statistiques qu’il avance sont assez flatteuses : « 79 % des entreprises en bonne santé reprises sous forme coopérative existent encore après cinq ans, le taux fléchit à peine, 77 %, pour les entreprises en difficulté au moment de la reprise, quand il est de 75 % pour les entreprises coopératives créées de toutes pièces ».
A l’équilibre
À Carcassonne (Aude), La Fabrique du Sud montre qu’un tel projet ne se résume pas à une utopie. Pour comprendre l’histoire, il faut remonter à l’été 2012, lorsque l’usine Pilpa, propriété du groupe R&R Ice Cream, est vouée à la fermeture. Au bout d’une année de lutte et deux plans de sauvegarde de l’emploi cassés, des salariés obtiennent le droit de reprendre l’usine et le matériel en juillet 2013. Ils se constituent en coopérative, baptisée La Fabrique du Sud, et commercialisent leurs glaces sous le nom de La Belle Aude.