Installée dans le 92, la société de production audiovisuelle d'Oreadis Productions bouscule les codes du secteur. Séverine Melchiorre, sa fondatrice, a développé un modèle économique hybride mêlant financement participatif, sponsoring d'entreprises et dispositifs pédagogiques. Résultat : des "films-outils" qui génèrent des revenus bien au-delà de leur exploitation en salle.
Dans le monde très normé de la production audiovisuelle, Séverine Melchiorre a choisi une autre voie. Depuis la création d'Oreadis Productions il y a une dizaine d'années, elle a construit un modèle économique atypique. « Je soutiens des films qui peuvent être exploités dans un cadre pédagogique pour développer l'esprit critique, la culture générale, le devoir de mémoire. »
Face aux lourdeurs du financement traditionnel – instruction des dossiers au CNC durant plusieurs mois, où « il y a beaucoup de candidats et très peu d'élus » –, elle a développé une approche complémentaire. En simplifiant à l’extrême, l’aide publique du CNC aux producteurs permet de faire effet de levier auprès des autres financeurs (chaînes TV en pré-achat, Région ou banque), mais elle est très longue à obtenir « Ce que j'aime bien, c'est proposer aux entreprises de soutenir les films que je produis en leur offrant en échange, soit de la défiscalisation via le principe du mécénat, soit de la visibilité et des prestations de communication via un dispositif de sponsoring. » Mécénat défiscalisé ou sponsoring avec visibilité : la formule accélère les levées de fonds, complétées par du crowdfunding sur Ulule ou Kisskissbankbank.
La vraie innovation réside dans la transformation de chaque film en ressource éducative monétisable. « Certes, il faut que les films divertissent, mais je veux surtout que le film soit utile », martèle la productrice. Chaque production s'accompagne d'une campagne d'impact : fiches pédagogiques et dossiers thématiques validés par son comité scientifique et pédagogique, making-of. Ces contenus sont commercialisés via le Pass Culture collectif, qui permet aux enseignants d'acheter des prestations culturelles. Pendant trois mois, ils accèdent au film et aux ressources via la plateforme Oreadis VOD. Un modèle qui génère des revenus durables, bien au-delà de l'exploitation en salle.
Le court-métrage de fiction Deux semaines en juin, sorti en mars 2020, illustre la méthode. Ce film historique tourné en Savoie a bénéficié du soutien de la région Auvergne-Rhône-Alpes, de l’Armée de Terre, des communes locales, d’entreprises locales et du grand public. « On a fait énormément d'actions de médiation auprès des scolaires dans le département de la Savoie et de l'Isère. » Fiches d'activité du primaire au lycée, livret de cartes historiques, making-of, ateliers : le dispositif transforme le film en outil pédagogique exploitable pendant des années.
Membre du Syndicat des Producteurs Indépendants et ancienne du comité de classification et des Visas au CNC (2012-2021), Séverine Melchiorre maîtrise les rouages du secteur tout en refusant ses contraintes. « Je préfère la qualité à la quantité. Je choisis vraiment les projets que je veux soutenir. » Oreadis Productions prouve qu'une autre production est possible, une production qui réconcilie impact social, pédagogie et rentabilité économique.
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