OPINION. « La réglementation des cryptoactifs favorisera leur adoption »

Matthias Voelkel
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Par Dr. Matthias Voelkel, Directeur Général de Boerse Stuttgart Group
À compter du 1er juillet 2026, qui marquera la fin de la période transitoire de MiCAR, tout prestataire de services sur cryptoactifs actif dans l'UE devra détenir une licence pour opérer. Une échéance discrète mais conséquente, qui mérite bien plus d'attention qu'elle n'en recevra probablement.
Ce qui rend ce moment significatif, ce n'est pas l'échéance en elle-même, mais ce qu'elle parachève. Pour la première fois, un continent entier fera fonctionner son marché crypto sous un cadre réglementaire unique et harmonisé — couvrant l'agrément, la conservation, la protection des investisseurs et les règles de conduite. Aucune autre juridiction au monde n'y est parvenue. Les États-Unis sont coincés dans un débat sur les fondamentaux et l'Asie demeure fragmentée. L'Europe, si souvent caricaturée pour sa lenteur en matière d'innovation, aura bâti l’architecture réglementaire la plus cohérente pour les cryptoactifs.
Cela importe, car la réglementation et l’adoption ne sont pas des forces antagonistes. Elles sont profondément liées. Les investisseurs considèrent le cadre réglementaire comme l'un des critères les plus déterminants dans le choix d'une plateforme crypto. À l'échelle européenne, près d'un investisseur sur deux déclare que la supervision des prestataires au niveau de l'Union Européenne renforce sa confiance envers les actifs numériques. La confiance ne se construit pas malgré la réglementation, mais grâce à elle. Et c'est cette confiance qui ouvre la voie à la prochaine phase d'adoption.
Par ailleurs, les investisseurs européens déclarent faire deux fois plus confiance à leur banque qu'à une plateforme spécialisée pour gérer leurs cryptoactifs. Ainsi, la crypto ne se dirige pas vers un système financier parallèle, mais vers une intégration pleine et entière au sein du système existant. Banques, gestionnaires d'actifs et investisseurs institutionnels s'engagent de manière croissante sur ce terrain — non pas parce qu'ils seraient soudainement devenus plus téméraires, mais parce que l'environnement réglementaire leur permet désormais de le faire avec la rigueur et le niveau de contrôle qu'attendent leurs clients.
La France a joué un rôle précurseur en la matière. Bien avant que MiCAR ne prenne forme au niveau européen, elle avait déjà conçu son propre cadre pour les services sur actifs numériques à travers le régime PSAN. Les principes fondamentaux qui sous-tendent MiCAR aujourd'hui, comme les exigences de gouvernance et la ségrégation des avoirs des clients, ont d'abord été éprouvés et affinés dans le contexte français. MiCAR porte en elle l'empreinte de ce que la France avait déjà mis en œuvre.
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Ce que le 1er juillet incarne, ce n'est pas une contrainte réglementaire, mais un signal de crédibilité. Il témoigne du fait que l'Europe prend au sérieux la construction d'un marché des cryptoactifs sur des fondations durables, non pas parce qu'elles sont permissives, mais parce qu'elles sont saines et solides. Les acteurs qui ont investi dans la conformité, la sécurité et les infrastructures de qualité institutionnelle se trouveront dans un environnement où le niveau d'exigence a été relevé pour tous. Chez Boerse Stuttgart Digital, nous nous en réjouissons, car c'est une avancée saine pour le marché et pour les investisseurs.
Dans un monde où la finance numérique évolue à grande vitesse, les juridictions qui attireront les capitaux, les talents et l'innovation seront celles qui offriront la lisibilité nécessaire. Une réglementation intelligente, plutôt qu'une absence de réglementation. Avec MiCAR, l'Europe a fait un choix stratégique, et qui pourrait s'avérer l'un des plus déterminants de ces dernières années.
La réglementation doit remplir trois fonctions : favoriser la croissance, encourager l'innovation et assurer le pragmatisme. C'est ainsi que se construisent la confiance et la sécurité sur les marchés de capitaux.
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(*) Le Dr Matthias Voelkel occupe le poste de président-directeur général de Boerse Stuttgart Group depuis le 1er janvier 2022. Il est également président du directoire de Boerse Stuttgart Digital Holding GmbH. Le Dr Matthias Voelkel a rejoint McKinsey en 2006, où il a été élu associé en 2013 avant de prendre la tête du pôle mondial « Capital Markets Infrastructure and Exchanges » en 2014. Avant de rejoindre McKinsey, il a été conseiller de la présidente de la commission du contrôle budgétaire du Parlement européen de 2002 à 2004. Le Dr Matthias Voelkel est titulaire d’un doctorat en droit et a étudié aux universités de Fribourg, d’Oxford et de Heidelberg. Il a effectué son stage juridique notamment au sein du cabinet d’avocats Freshfields Bruckhaus Deringer et à l’ambassade d’Allemagne aux États-Unis. Depuis mars 2023, le Dr Matthias Voelkel est membre du conseil d’administration du « Deutsches Aktieninstitut » (DAI) et s’engage en faveur du renforcement des marchés des capitaux allemands et européens.