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OPINION. « Iran, pétrole, dollar : ce que les marchés savent que les titres ne disent pas  »

latribune.fr

Publié le 23 mars 2026 à 14:25

Anne-Laure Frischlander-Jacobson

Anne-Laure Frischlander-Jacobson

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En quelques semaines, le Brent a progressé de plus de 80 % depuis le début de l’année, frôlant les 119 dollars le baril. Les marchés américains tiennent. L’or déçoit. Il y a là une contradiction qui mérite mieux que les explications habituelles.

Par Anne-Laure Frischlander-Jacobson, Enseignante  PSL et fondatrice d’Evevest (*)

Il y a dans toute crise pétrolière un moment où le récit l’emporte sur l’analyse. « C’est 2022 », entend-on depuis que le Brent a décollé. L’analogie est commode. Elle est fausse.

En 2022, le choc ukrainien n’avait pas tant créé l’inflation qu’il l’avait révélée. Le terrain était déjà saturé — liquidités déversées pendant la pandémie, demande gonflée, bilans de banques centrales à des niveaux sans précédent. Aujourd’hui, ce terrain n’existe plus. Les liquidités ont été résorbées, les taux relevés. Le choc est réel — navires immobilisés à Ormuz, QatarEnergy suspendant sa production après les frappes sur Ras Laffan, un cinquième du pétrole mondial hors circuit — mais il percute une économie structurellement différente. Le vrai risque est ailleurs.

Le dollar, l’or, et le malentendu

Depuis l’ère Trump et la remise en cause de l’ordre multilatéral, l’or n’est plus un refuge universel — c’est un actif de défiance envers le dollar. Il monte quand la crédibilité américaine vacille. Ce scénario ne se joue pas aujourd’hui. Ce qui se joue, c’est l’inverse : le pétrole se négocie en dollars depuis les accords Washington-Riyad des années 1970. Quand le brut flambe, la demande de dollars s’emballe. Les États-Unis, premiers producteurs mondiaux, n’affrontent pas ce choc — ils en récoltent les bénéfices. Le dollar se raffermit, l’or recule. Wall Street regarde Ormuz comme un problème européen et asiatique. C’est brutal. C’est exact.

Ce que trois banques centrales ont révélé en une journée

Le 18 mars, la Fed a maintenu ses taux à 3,5–3,75 %. Quelques heures plus tard, la BCE faisait de même à 2,00 %, la Banque d’Angleterre à 3,75 %. Trois institutions, un seul message : l’aveu d’incertitude. Powell a reconnu que les États-Unis n’avaient pas accompli autant de progrès sur l’inflation qu’espéré. La BCE a évoqué des risques « significativement » accrus sur l’inflation, baissiers sur la croissance. Le mot stagflation circule dans les salles de marché.

Depuis 2024, Fed et BCE avaient retrouvé une marge de manœuvre précieuse. Un pétrole à ces niveaux la contraint — et place les banques centrales en étau : baisser risque de raviver l’inflation, maintenir pèse sur la croissance. Dans ce régime, la corrélation négative entre actions et obligations — pilier de trente ans de gestion patrimoniale — est à nouveau sous pression. Le 60/40 navigue sans filet.

Que faire — et ce qu’il ne faut plus acheter

Le moment d’entrer sur les matières premières est passé. Acheter des ETF pétrole après une hausse de cette ampleur, c’est payer la prime sans en avoir capturé le rendement. Ce qui mérite attention : raccourcir la duration obligataire, revoir l’exposition géographique — l’asymétrie entre une Amérique productrice et une Europe importatrice est structurelle — et réexaminer la place des actifs décorrélants, infrastructures et immobilier.

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Si Ormuz rouvre, il y aura un vrai bol d’air — pétrole en repli, inflation allégée, cycle de baisse des taux relancé. Mais ce scénario n’est pas acquis, et son calendrier échappe à toute modélisation sérieuse. Dans cet intervalle, la robustesse d’un portefeuille ne se mesure pas à sa performance en régime normal — elle se mesure à ce qu’il absorbe quand les corrélations lâchent. C’est ce que les grands fonds de pension intègrent en permanence. Les investisseurs privés découvrent souvent cette réalité trop tard.

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Ce contenu est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital.

(*) Anne-Laure Frischlander-Jacobson est fondatrice et CEO d'Evevest, société de conseil en investissement. Forte de trente ans de gestion d'actifs institutionnelle — dont la direction générale France et le Comité Exécutif EMEA de l'un des plus grands asset managers mondiaux — elle met au service de ses clients l'approche et les outils des grands fonds de pension. Elle enseigne la macroéconomie et la gestion de portefeuille à l'Université Paris Dauphine – PSL, Master Asset Management.

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