OPINION. « Pourquoi les Français épargnent-ils autant… mais investissent-ils si peu ? »

Catherine Baudeneau
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Catherine Baudeneau
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Par Catherine Baudeneau, membre du Comité de direction et porte-parole d'Altaprofits (*)
La réponse généralement avancée tient en quelques mots : les Français seraient culturellement averses au risque. L'explication est séduisante par sa simplicité. Elle est pourtant insuffisante.
Car le paradoxe est bien là : jamais les enjeux nécessitant des capitaux de long terme n’ont été aussi nombreux — financement des entreprises françaises, transition écologique, préparation de la retraite, souveraineté économique ou encore défense nationale — mais l’épargne des Français continue d’être massivement orientée vers des placements privilégiant la sécurité et la liquidité. La répartition de l’épargne privée évolue lentement et peine à se transformer en profondeur.
Les résultats de notre Baromètre 2026 de l’épargne réalisé avec l'Ifop montrent une constante : les Français continuent d'épargner à un niveau élevé. Lorsque près de huit épargnants sur dix privilégient les placements sans risque, la préservation du capital l’emporte clairement sur la recherche de performance. Ils le font d'abord pour se protéger.
Dans un environnement marqué par l'incertitude économique et politique, les tensions géopolitiques et les interrogations sur l'avenir, la recherche de sécurité domine les comportements. Les placements garantis restent les plus attractifs et l'épargne de précaution le réflexe privilégié.
Cette prudence est parfaitement compréhensible. Elle répond à des préoccupations légitimes : préserver son pouvoir d'achat, faire face à un imprévu, sécuriser l'avenir de sa famille. Mais lorsqu'elle devient exclusivement défensive, l'épargne peine à remplir une autre fonction pourtant essentielle : préparer le futur.
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Attribuer cette situation à une simple aversion au risque serait réducteur. Depuis des décennies, l'environnement français a progressivement construit une culture de l'épargne davantage tournée vers la protection et les bénéfices immédiatement perceptibles — disponibilité de l’épargne ou avantage fiscal — que vers l'investissement.
L'investissement est fréquemment présenté sous l'angle du risque avant d'être envisagé sous celui de son utilité ou de son potentiel à long terme. Cette représentation contribue à entretenir une forme de distance entre les épargnants et les solutions d'investissement. Non parce qu'ils refuseraient systématiquement le risque, mais parce qu'ils peinent parfois à percevoir clairement ce qu'ils financent, pourquoi ils le financent et ce qu'ils peuvent raisonnablement en attendre dans la durée.
L'investissement n’a pas encore trouvé son récit collectif Au fond, la question est peut-être autant culturelle que financière. Lorsqu'un épargnant investit dans une entreprise, il contribue indirectement à son développement. Lorsqu'il prépare sa retraite sur le long terme, il renforce sa propre résilience financière. Lorsqu'il finance des projets liés à la transition écologique ou à la souveraineté économique, il participe à des enjeux qui dépassent largement sa situation personnelle. La dimension collective de l’investissement reste pourtant largement invisible pour de nombreux épargnants. Or l'investissement n'est pas seulement un outil de valorisation patrimoniale individuelle. Il constitue également un levier de financement de l'économie réelle.
Les débats récents autour du financement de la défense illustrent parfaitement cette réalité. Les réticences exprimées par une partie des Français ne traduisent pas uniquement une interrogation sur le rendement ou le risque. Quand seuls trois Français sur dix envisagent d’investir dans des véhicules financiers liés à la défense, ces réticences révèlent également un besoin de comprendre le sens et la finalité de l'investissement proposé.
C’est probablement là que réside le principal défi. Le temps long est au cœur de nombreux enjeux patrimoniaux, à commencer par la retraite. Pourtant, alors que près de huit actifs sur dix anticipent une baisse de leur niveau de vie une fois retraités, beaucoup peinent encore à inscrire leur épargne dans une logique de préparation de l’avenir.
La difficulté n’est pas seulement financière : elle tient aussi à la capacité de se projeter dans un horizon éloigné, tout en répondant aux contraintes du quotidien, mais aussi à une perception incomplète de l’investissement. Car une épargne réellement investie dans la durée ne se contente pas de protéger : elle bénéficie d’un effet de levier puissant, lié à la capitalisation, encore trop peu perçu.
Préparer sa retraite ne signifie pas renoncer à vivre aujourd’hui. Il s’agit de faire fructifier progressivement son épargne grâce à une diversification adaptée, sans sentiment de prise de risque excessive. Ces aspirations ne sont pas contradictoires — encore faut-il que les solutions d’investissement rendent lisible ce que produit concrètement le temps long.
L'enjeu n'est pas de transformer chaque Français en spécialiste des marchés financiers. Il est de lui permettre de comprendre plus clairement les conséquences de ses choix d'épargne, les opportunités offertes par le temps long et l'impact concret que peut avoir son investissement. Dans un univers où les messages simplistes circulent souvent plus vite que les explications pédagogiques, cette responsabilité incombe autant aux acteurs financiers qu'aux pouvoirs publics.
La question n’est plus celle de la quantité d’épargne disponible, mais de sa capacité à financer les besoins de long terme du pays comme ceux des individus. L’enjeu est désormais d’orienter cette épargne vers les projets qui construiront l’avenir.
Réconcilier les Français avec l'investissement ne passera ni par l'injonction ni par la culpabilisation. Cela suppose de redonner du sens au temps long, de mieux expliquer les mécanismes du risque maîtrisé et de rappeler qu'investir n'est pas seulement rechercher un rendement. C'est aussi participer au financement des entreprises, accompagner l'innovation, préparer sa retraite et contribuer à relever les grands défis économiques, sociaux et environnementaux de demain.
Car une épargne qui protège est indispensable. Une épargne qui prépare l'avenir est devenue nécessaire.
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(*) Diplômée de l’Institut d’Études Politiques de Strasbourg et d’un troisième cycle en marketing, Catherine Baudeneau bénéficie d’une vaste connaissance de la gestion de patrimoine et des produits financiers. Elle a démarré sa carrière en tant que Consultante Marketing et Stratégie, en 1992, pour Energie Active. Elle a rejoint Allianz France en 2002, où elle a occupé successivement les fonctions de Responsable du Département Études, Responsable de Marché et Directrice de Projets. Elle a pris en charge la responsabilité du Marketing chez Gresham Banque Privée en 2012 et a rejoint ensuite le Groupe SPB au poste de Directrice Marketing en 2017, avant de revenir en banque privée, chez Milleis, en 2018, au titre de Directrice Marketing Clients et Digital. De 2020 à 2023, elle a évolué au sein du groupe AG2R La Mondiale en qualité de Directrice de Projets. Elle a intégré Altaprofits en 2023 ; forte de son expérience sur le marché de l’épargne, elle y est porte-parole et Membre du Comité de Direction ainsi que Directrice Marketing Offre et Communication.