OPINION. « Canicule, le symptôme de plus d’une grande crise de la Ville »

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Philipp Potocnik - unsplash

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Soixante-douze départements en vigilance rouge, quarante-cinq millions de Français sous une chaleur que Météo-France a d’ores et déjà qualifiée de record historique. Des enfants qui travaillent dans des salles de classe à trente-cinq degrés. D’autres que l’on renvoie chez eux, charge aux parents qui travaillent de se débrouiller. Des milliers de personnes privées de sommeil à cause de la chaleur et d’autres qui se réfugient dans les parcs ou dans les centres commerciaux. Cet épisode démontre, plus que jamais, l'urgence d'agir sur nos villes et d’adapter nos bâtiments. Pas dans dix ans. Maintenant.
Le débat sur la climatisation est révélateur. Oui c’est une des façons de répondre au problème et bien sûr qu’il faut protéger un résident d'Ehpad, un nourrisson, un patient sous dialyse ou un enseignant et ses élèves. Mais la question n’est pas là et elle dépasse le seul sujet du climat, elle est dans ce que cette urgence révèle, car équiper en urgence, c'est traiter un symptôme.
Or le mal est profond : malgré des années d’efforts et de mise en œuvre d’innovations et de réflexions pour la transformation de la ville, force est de constater que les contraintes réglementaires et leurs coûts en hausse permanente l’ont emporté souvent sur les objectifs à atteindre. Or, la ville n'est pas un décor. C'est le besoin primaire de chacun : avoir un toit sur notre tête, c’est l’endroit où l'on dort, où l'on travaille, où l'on soigne ses enfants, où l'on vieillit, où l'on se déplace, où l'on respire, ou non. Tout ce que nous vivons passe par elle.
Et c'est précisément parce qu'elle est si pérenne que nous avons cru pouvoir la considérer comme acquise et achevée. Mais elle ne l'est pas et ne l'a jamais été.
Le défi climatique met fortement la ville sous tension mais ce n’est désormais plus le seul : le vieillissement de la population va transformer nos besoins en logement, en mobilité, en services de proximité. La compétitivité de notre économie dépend de notre capacité à loger et déplacer ceux qui la font fonctionner. La cohésion de notre modèle social tient, en grande partie, à savoir qui peut habiter où, à quel prix, dans quelles conditions. Tous ces défis, à des degrés divers, trouvent leur réponse dans la même chose : notre capacité à repenser la ville et à la transformer plus vite et plus intelligemment que les crises qui la frappent.
La bonne nouvelle, c'est que les solutions existent déjà ! L'industrie de l'immobilier et de la ville sait faire, et veut agir. Investisseurs, promoteurs, architectes, bailleurs, énergéticiens, ingénieurs, financeurs sont prêts à agir en commun : rénover pour les grands froids comme pour les étés chauds, déployer des solutions écologiques de rafraîchissement comme la géothermie de surface plutôt que par énergies fossiles, redonner aux neuf millions de mètres carrés de bureaux vides une nouvelle utilité au service des Français, agir pour le grand âge...Ce ne sera pas une addition de solutions séparées : c'est une seule capacité, celle de refaire la ville.
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Réunie le 18 juin dernier à Versailles pour son Sommet annuel, notre industrie, la première de France avec 9,7 % du PIB et 2,4 millions d'emplois (baromètre EY/Palladio 2026) a présenté un plan d'action commun pour déployer ces solutions, sans attendre de subventions publiques nouvelle. Ce savoir-faire n'aspire qu'à se mettre au service des Français.
Les crises sont souvent des révélateurs. Le Covid-19 a mis à nu nos dépendances. Les Jeux Olympiques et Paralympiques ont montré qu'une volonté politique permet d’accélérer et réaliser ce qui nous semble impossible. La canicule révèle à son tour ce que nous savions sans le regarder en face : la Ville n’est pas un secteur comme les autres. C'est elle qui décide si nous saurons répondre au dérèglement climatique, à l'évolution démographique, au bien-vivre, à la compétitivité de notre économie et à la pérennité de notre modèle social.
Nous, Fondation Palladio, abritée par la Fondation de France, et l'ensemble des acteurs de cette industrie, savons agir et nous y sommes prêts. Industrialiser, accélérer, contribuer : c'est la feuille de route que nous avons posée le 18 juin, dans une logique d’alliance entre le privé et le public au service de l'intérêt général. Place à l’Action. La question n'est pas de savoir si une crise nous instruit, car elle nous instruit toujours. Elle est de savoir si nous nous montrerons à la hauteur de ce qu'elle révèle. L’industrie de la ville et de l’immobilier et de la Ville est mobilisée à agir. Ensemble.
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Signataires : Par Méka Brunel, présidente de la Fondation Palladio et Dominique Alba, Edward Arkwright (Altarea), Maurice Bansay (Apsys), Olivier Berthelot (Eiffage construction), Benoît Clocheret (Artelia), Olivier Colonna d’Istria (IFPIMM), Emmanuelle Cosse (Union Sociale pour l’Habitat), Roland Cubin (Groupama immobilier), Stephan de Fay, Bertrand de Feydeau (Fondation Palladio) Hugues Fourmentraux (Vinci construction), Nicolas Joly (Icade), Christophe Kullmann (Fédération des Entreprises Immobilières / Covivio), Hervé Montjotin (Socotec), Brice Piechazcyk (Enia Architectes), Vincent Rouget (Unibail-Rodamco-Westfield) Jonathan Sebbane (CSTB), Anne Speicher (Baumschlager Eberle Architekten), Astrid Weill (Groupama immobilier), Patrick Zulian (Spie Batignolles) Laurent Dumas (Emerige)