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OPINION. « Iran–États-Unis : après l’impasse pakistanaise, quel rôle peut jouer le Qatar ? »

latribune.fr

Publié le 18 avril 2026 à 06:00

Le vice-président américain J.D. Vance salue la foule en montant à bord d'Air Force Two, après l'échec des pourparlers de paix avec l'Iran à Islamabad, au Pakistan, le dimanche 12 avril 2026.

Le vice-président américain J.D. Vance salue la foule en montant à bord d'Air Force Two, après l'échec des pourparlers de paix avec l'Iran à Islamabad, au Pakistan, le dimanche 12 avril 2026.

via REUTERS - AP - Jacquelyn Martin

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L’échec des discussions engagées au Pakistan la semaine dernière n’est pas seulement un revers diplomatique de plus dans un conflit déjà saturé par les tensions et les bombardements. Il est le symptôme d’un mal plus profond dans le cadre d’un cessez-le-feu déjà arrachée par miracle pour deux semaines : l’absence d’un médiateur capable de parler à toutes les parties sans être perçu comme un acteur périphérique ou instrumentalisé.

Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)

Le Pakistan tente de s’y essayer à nouveau mais rien n’est gagné tant le dossier est complexe. Dans ce contexte, alors que le Pakistan avait été perçu comme une option sérieuse un temps pour entamer des discussions, une autre musique refait surface petit à petit : le retour du Qatar dans le jeu de la médiation qui connaît très bien les deux belligérants et s’entend bien avec.

Les signaux envoyés ces dernières heures par le Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères qatari, Mohammed bin Abdulrahman Al Thani, sont à cet égard particulièrement clairs. En appelant à une « réponse positive de toutes les parties aux efforts de médiation » et en mettant en garde contre l’utilisation des routes maritimes comme instruments de pression dangereux, Doha ne se contente pas d’un rappel de principe mais il appelle à la désescalade, la sécurisation des flux et la réouverture de canaux de discussion crédibles.

Car le problème n’est pas seulement l’absence de dialogue désormais, il est aussi celui du lieu et de l’intermédiaire. Le Pakistan, malgré sa volonté affichée de jouer un rôle, ne dispose ni de la profondeur diplomatique, ni de la neutralité perçue, ni des relais nécessaires pour s’imposer dans une crise aussi sensible. À l’inverse, le Qatar peut cocher toutes les cases du médiateur efficace.

Un médiateur de proximité, pas de façade

La première force du Qatar tient à sa géographie politique. Il est dans la région, au cœur même des dynamiques de puissance du Golfe. Il ne regarde pas le conflit de loin, il en subit directement les conséquences et a été durement frappé par l’Iran. Cette proximité n’est pas un handicap mais elle est au contraire un levier. Elle confère à Doha une compréhension fine des lignes rouges de chacun, mais aussi une capacité à agir rapidement, sans dépendre de longues chaînes décisionnelles extérieures.

Dans une crise où chaque heure compte et que la fin du cessez-le-feu va vite arriver, où chaque incident maritime peut faire basculer la situation à Ormuz, cette réactivité est essentielle. Et lorsque le chef de la diplomatie qatarie insiste sur la liberté de navigation, il ne s’agit pas d’un simple principe abstrait mais bien d’un impératif stratégique pour toute la région et pour le monde.

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Un acteur impliqué, mais pas enfermé

Deuxième atout décisif : le Qatar est impliqué, mais pas prisonnier d’un camp. Là où d’autres puissances sont perçues comme alignées ou suspectes, Doha cultive depuis des années une diplomatie d’équilibre. Cette position lui permet de maintenir des canaux ouverts avec des acteurs qui, autrement, ne se parlent plus.

C’est précisément ce qui fait sa singularité dans le face-à-face entre Etats-Unis et Iran. Le Qatar entretient des relations solides avec Washington, tout en conservant des liens fonctionnels avec Téhéran. Peu d’acteurs peuvent aujourd’hui se prévaloir d’une telle double capacité d’accès. 

Une expérience éprouvée de la médiation

Enfin, et c’est peut-être le point le plus déterminant, le Qatar n’est pas un médiateur improvisé. Il a construit au fil des années une véritable expertise dans la gestion de crises complexes. Qu’il s’agisse de négociations indirectes, de libérations d’otages ou de facilitation de dialogues impossibles, Doha a démontré sa capacité à produire des résultats là où d’autres échouaient. Cela a pu concerner la Syrie, l’Afghanistan, Gaza mais aussi le conflit entre RDC et Rwanda

Cette expérience donne au Qatar une crédibilité que ne possèdent pas les médiateurs occasionnels comme le Pakistan. Elle lui permet de comprendre les logiques de blocage, mais aussi de proposer des formats de discussion adaptés, loin des schémas diplomatiques trop rigides. Et c’est aussi fait pour plaire à l’administration de Trump.

Sortir de l’impasse par le réalisme

La tentation, après l’échec pakistanais, serait de multiplier les initiatives ou de chercher un nouveau médiateur “neutre” sur le papier. Ce serait une erreur. Le réalisme impose de revenir vers un acteur qui a déjà fait ses preuves, qui dispose des réseaux nécessaires et qui a, surtout, un intérêt direct à éviter l’embrasement régional. La déclaration récente du ministre qatari des Affaires étrangères n’est pas anodine. Elle est une main tendue, mais aussi un avertissement : sans engagement sincère des parties, aucune médiation ne pourra aboutir. Et sans médiation crédible, le risque est clair. L’escalade deviendra la seule issue du conflit.

_____

(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe géopolitique relations internationales, directeur de l’Institut Géopolitique Européen (IGE), associé au CNAM Paris (Équipe Sécurité Défense), à l’Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse). Consultant médias et chroniqueur.

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