OPINION. « Gestion de l'eau : ne fracturons pas le modèle français »

Estelle Grelier
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Par Estelle Grelier, présidente de la Fédération des entreprises de l’eau (*)
Certains affirment que la régie publique serait plus transparente, plus économique et plus égalitaire que la délégation de service public, plaidant pour une « remunicipalisation » généralisée, au mépris des dizaines de milliers d'élus qui font collectivement le choix de la DSP, quand ils ne taxent pas de « privatisation » ou de « marchandisation » un mécanisme très encadré dont le pilotage reste toujours assuré par la collectivité publique.
Si la ressource est gratuite, l'eau rendue potable, distribuée puis dépolluée est un service public. Que ce service soit géré directement par la collectivité ou par une entreprise en gestion déléguée, il est toujours facturé et requiert des approvisionnements, de la main d'œuvre et des équipements qui relèvent d'une logique économique.
Avant d'affirmer que la régie serait plus avantageuse, il y a lieu d'examiner objectivement les faits. Les dernières données publiques, publiées en 2025, indiquent que le prix de l'eau potable a augmenté deux fois plus vite dans les régies que dans les services en délégation : +25% contre +13%.
La comparaison des effectifs est également éclairante : les grandes régies eau et assainissement mobilisent un nombre de salariés significativement supérieur à celui employé à l'époque de la DSP. Pour assurer les mêmes missions, des recrutements additionnels ont été nécessaires. Des dépenses supplémentaires pour les collectivités, alors que les besoins d’investissement sont pressants.
En effet, le secteur fait face à un déficit d’investissement estimé à 4,6 milliards d'euros par an pour moderniser et décarboner les infrastructures, auquel s’ajoutent de nouvelles exigences réglementaires, notamment sur les micropolluants, qui imposent des traitements inédits.
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Le prix de l'eau en délégation inclut aussi d'importants moyens de recherche et développement : les entreprises de l'eau financent aujourd'hui des laboratoires accueillant près de 1000 chercheurs en France. Sur les PFAS, elles ont lancé des campagnes exploratoires en amont de la réglementation et optimisent les traitements pour proposer les meilleures solutions, au meilleur rapport qualité-prix, face à des pollutions de plus en plus complexes. C'est cette capacité d'anticipation qui distingue les opérateurs.
Quant à la tarification sociale, souvent présentée comme un avantage de la gestion directe, elle relève avant tout d'une volonté politique : c'est la collectivité organisatrice du service qui décide. Les entreprises de l'eau déploient régulièrement des tarifs solidaires ou progressifs à la demande des maîtres d'ouvrage, le choix de ce type de tarifs étant totalement indépendant du mode de gestion.
Ce partenariat de performance a fait ses preuves : 700 appels d'offres sont lancés chaque année en France, et « l'Ecole française de l'eau » s’exporte. À toutes les étapes du contrat, les collectivités restent seules décisionnaires, sur la base de cahiers des charges qu'elles ont rédigés, prévoyant des dizaines d'indicateurs de performance et des pénalités en cas de non-atteinte des résultats. Ces obligations de transparence et de contrôle ne s'imposent pas aux régies qui, contrairement aux entreprises de l’eau, ne sont jamais remises en concurrence.
L'eau n'est pas une ressource comme les autres. Mais la protéger nécessite d’éviter les oppositions stériles et datées, et de regarder en face les besoins d'investissement et les équilibres économiques qui conditionnent la qualité du service. Les collectivités revenues en régie continuent de solliciter les entreprises de l'eau pour leurs expertises techniques, preuve que le modèle public-privé fonctionne, et que la caricature n'a pas sa place dans ce débat.
À l'heure où s'ouvre une nouvelle mandature pour les exécutifs locaux, élus comme citoyens ont besoin d'un débat public équilibré, débarrassé des postures idéologiques.
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(*) Estelle Grelier est présidente de la Fédération Professionnelle des Entreprises de l’Eau (FP2E). Elle débute sa carrière dans la sphère publique, où elle exerce pendant vingt ans comme députée européenne, députée à l’Assemblée nationale, secrétaire d’État chargée des collectivités territoriales, présidente d’agglomération et vice-présidente de région. Elle rejoint le groupe Saur en 2018, d’abord comme directrice Stratégie, Développement et Marketing, avant d’être nommée présidente de Saur France en 2024. Diplômée de l’IEP de Grenoble et titulaire d’un DESS en relations franco-allemandes de l’université de Strasbourg III, elle défend aujourd’hui une vision engagée de la transition écologique et de la gestion durable de la ressource en eau.
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