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Idées & Débats

OPINION. « La compétitivité industrielle se joue désormais sur les contrats d’électricité »

Charlotte Roig Ramos

Publié le 17 juin 2026 à 07:30

Charlotte Roig Ramos

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Pendant longtemps, l’électricité a été considérée comme un sujet technique, périphérique, presque invisible dans la stratégie des entreprises. La crise énergétique européenne a brutalement mis fin à cette illusion.

Par Charlotte Roig-Ramos, experte du secteur de l’énergie (*)

En moins de trois ans, les directions industrielles ont redécouvert une réalité simple : sans visibilité énergétique, il n’existe plus de visibilité économique. Derrière les arbitrages sur l’implantation d’une usine de production industrielle ou d’un data center se cache désormais une question devenue centrale pour les directions stratégiques et financières : à quel prix l’électricité sera-t-elle disponible dans dix ans ?

Cette transformation est profonde. Elle change non seulement la manière dont les industriels consomment l’énergie, mais aussi le rôle des acteurs énergétiques renouvelables. Car dans ce nouveau paysage, les contrats d’achat d’électricité de long terme — les fameux PPA, pour Power Purchase Agreements — ne sont plus de simples outils de décarbonation. Ils deviennent progressivement des instruments de compétitivité industrielle et de souveraineté économique.

Le changement de paradigme est déjà visible. Historiquement, les PPA décarbonés puis renouvelables étaient principalement utilisés par quelques grands groupes souhaitant financer indirectement de nouveaux actifs de production puis verdir leur consommation électrique. Aujourd’hui, la logique est différente. Les entreprises recherchent avant tout de la prévisibilité.

Dans un environnement marqué par la volatilité durable des marchés de l’énergie, les industriels ont besoin de sécuriser leurs coûts électriques sur des horizons de dix à quinze ans. Cette visibilité devient essentielle pour financer des investissements lourds ou maintenir des marges dans des secteurs fortement électro-intensifs.

Le sujet dépasse largement les seules industries traditionnelles. Les nouveaux moteurs de croissance économique — intelligence artificielle, data centers, électrification des usages, batteries, hydrogène — reposent tous sur une consommation grandissante d’électricité. Cette demande supplémentaire intervient précisément au moment où les marchés énergétiques européens et mondiaux deviennent plus instables et plus complexes… et au moment-même où une période d’abondance de l’électricité décarbonée a été confirmée par les annonces récentes en France (annonces d’investissements, rapport RTE Bilan Prévisionnel 2025-2035).

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C’est pourquoi les PPA renouvelables changent aujourd’hui de statut. Ils deviennent progressivement des outils de politique industrielle.

Dans cette nouvelle géographie énergétique, les territoires capables de proposer une électricité stable, compétitive et décarbonée disposeront d’un avantage décisif. Demain, les décisions d’implantation industrielle dépendront autant de la disponibilité du foncier, des réseaux disponibles et des compétences que de la capacité à sécuriser un approvisionnement électrique crédible sur le long terme.

La souveraineté énergétique ne se résume donc plus à produire suffisamment d’électricité. Elle consiste aussi à offrir de la visibilité. 

C’est une évolution majeure pour les énergéticiens.

Le métier d’achat vente et de gestion de l’électricité renouvelables se transforme rapidement. Il ne s’agit plus seulement d’acheter ou de vendre des volumes sur les marchés. Il faut désormais structurer des trajectoires de prix compatibles avec les besoins industriels, gérer des profils de risque plus complexes et intégrer des solutions de flexibilité capables de rendre service aux réseaux électriques.

Ainsi, les portefeuilles hybrides associant solaire, éolien, batteries et autres capacités pilotables prennent une importance considérable. Leur valeur réside dans la production d’électricité verte et dans la capacité à fournir une énergie structurée pilotée.

Cette mutation change également la relation entre acteurs énergétiques et industriels. Nous confortons la logique de partenariat de long terme. Un PPA engage souvent les deux parties sur une décennie ou plus. Il suppose une compréhension fine des enjeux industriels, des contraintes financières et des besoins d’approvisionnement des clients. L’électricité verte devient alors bien plus qu’un vecteur d’approvisionnement : elle devient un élément structurant de la stratégie économique des entreprises.

Cette évolution impose aussi une adaptation collective sur le cadre réglementaire européen pour promouvoir ces accords long terme, afin que l’Europe trouve un équilibre entre concurrence, sécurité d’approvisionnement énergétique et attractivité industrielle. 

La transition énergétique ne se gagnera donc pas uniquement sur les capacités renouvelables installées ou sur l’atteinte des objectifs de décarbonation. Elle se jouera aussi sur notre capacité à transformer l’électricité décarbonée en avantage économique durable.

Dans cette bataille, les PPA occupent désormais une place stratégique.

Ils ne sont plus seulement des contrats énergétiques. Ils deviennent une colonne vertébrale de compétitivité, capables de sécuriser les investissements et de renforcer la souveraineté économique européenne. L’énergie a toujours été au cœur des grandes transformations industrielles. La différence aujourd’hui est que sa prévisibilité devient presque aussi importante que son prix.

______

(*) Charlotte Roig-Ramos est une experte du secteur de l’énergie avec près de vingt ans d’expérience dans les marchés de l’électricité, les énergies renouvelables et les politiques énergétiques. Elle est actuellement responsable des ventes, des PPA et des marchés de l’énergie chez Virya Energy, où elle accompagne le développement de projets éoliens, hydroélectriques et solaires en France, en Espagne, au Portugal et en Pologne. Auparavant, elle a occupé plusieurs fonctions de direction, notamment à l’Union Française de l’Électricité (UFE) et chez Exeltium. Son parcours l’a également conduite à travailler sur la régulation énergétique à la Commission de régulation de l’énergie (CRE), le financement du commerce international chez Shell ainsi que l’analyse de politiques publiques au sein de groupes de réflexion.

Charlotte Roig Ramos

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