OPINION. « Densifier pour décarboner : les ports, pivots d’une logistique durable »
latribune.fr

Anne-Marie Idrac et Benoît Rochet
DR
latribune.fr

Anne-Marie Idrac et Benoît Rochet
DR
Par Anne-Marie Idrac, présidente France Logistique et Benoît Rochet, président du directoire de Haropa Port et vice-président de l’Union des ports de France (*)
La logistique irrigue chaque aspect de notre quotidien. Derrière chaque entrepôt qui se construit, usine qui s’implante ou produit livré – commerce, industrie, alimentation, santé, … - se joue un défi colossal : répondre à la croissance des flux et à l’évolution des besoins.
Mais cette logistique, longtemps pensée à l’horizontale, consomme du foncier et allonge les flux routiers. Pour relever les défis de demain, elle doit se transformer : être plus sobre en espace, plus proche des bassins de consommation et mieux connectée aux modes de transport alternatifs. Autrement dit, densifier pour décarboner.
En France, deux évolutions structurent cette mutation. La première est foncière avec le zéro artificialisation nette (ZAN) impose de construire sans consommer de nouveaux terrains. La seconde est urbaine : les zones de circulation restreinte (ZFE, ZTL), même si elles ne sont pas stabilisées, poussent les acteurs économiques à repenser leurs schémas de transport et de distribution dans les métropoles. Les professionnels y sont déjà engagés, et ces contraintes peuvent aussi être des opportunités pour transformer durablement la logistique.
Les ports incarnent une part essentielle de cette solution. Ils constituent un foncier stratégique, au cœur des échanges. Sur les façades maritimes, ils sont les portes d’entrée et de sortie qui connectent la France à l’économie mondiale. Miser sur la performance des ports, c’est massifier à grande échelle et jouer sur la complémentarité avec le fret ferroviaire et fluvial.
Les ports intérieurs, au plus près des bassins de consommation, sont des actifs stratégiques pour organiser une distribution urbaine à la fois efficace et bas carbone sans aucune nouvelle artificialisation de terre. Alimentés en amont préférentiellement par le fluvial et le ferroviaire, modes de transport bas-carbone par rapport à la route, ils permettent également une distribution du dernier kilomètre décarboné.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Partout, des modèles innovants et complémentaires montrent la voie, densifier plutôt qu’artificialiser, construire plus haut plutôt que plus large : sur le port de Gennevilliers, IKEA exploite un entrepôt à étages livrant Paris par voie fluviale et véhicules électriques , conciliant proximité, sobriété foncière et réduction des émissions. Au cœur de la capitale, le projet Les Amarres développé par Sogaris illustre une logistique intégrée à la ville, reposant sur un principe de mixité des usages réparties sur plusieurs étages ...
En Île-de-France, le fret fluvial assure un trafic équivalent à un million de camions par an. Chaque barge équivaut à 250 poids lourds, avec cinq fois moins de CO₂ émis à la tonne transportée. Le potentiel est immense.
C’est pourquoi HAROPA PORT et France Logistique appellent à faire des zones portuaires les laboratoires de cette transformation : accueillir des entrepôts verticaux, mutualiser les flux, développer une logistique multimodale, sobre et connectée afin d’attirer de nouveaux flux vers les ports français.
La transition logistique est en marche. Pour qu’elle soit durable, elle doit s’ancrer là où tout converge : dans les ports, véritables pivots d’une logistique sobre, compétitive et résolument décarbonée.
_____
(°) Anne-Marie Idrac, présidente de France Logistique, a été secrétaire d’État aux Transports, députée des Yvelines, présidente de la RATP, présidente de la SNCF, secrétaire d’État au Commerce extérieur, et présidente du Conseil de Surveillance de l’aéroport de Toulouse Blagnac. Elle est actuellement administratrice de sociétés et consultante. Benoît Rochet, ingénieur en chef des ponts, des eaux et des forêts, est directeur général et président du directoire de Haropa Port. Il a débuté sa carrière au sein du ministère de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables et de plusieurs collectivités territoriales (Conseil général du Nord puis de la Vendée). Il rejoindra par la suite Voies navigables de France puis le port de Boulogne-Calais dont il prendra la direction générale avant de rejoindre Haropa Port en 2022.
latribune.fr