OPINION. « Guerre en Iran : la diplomatie française à géométrie variable avec les monarchies du Golfe »
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)
Dans ce contexte de vulnérabilité extrême, les puissances occidentales ont été contraintes de clarifier leurs priorités et leurs soutiens. Et la France, derrière un discours d’équilibre, a surtout révélé une réalité plus préoccupante : non pas une diplomatie d’intérêt structurée, mais une politique étrangère erratique, parfois illisible, dont les incohérences sont encore plus flagrantes dans le contexte de cette guerre.
Le point de départ de cette ambiguïté est structurel. Depuis 2009, la France dispose d’une base militaire permanente à Abou Dhabi, véritable pivot de sa présence stratégique dans la région. Cette implantation, renforcée par des accords de défense étroits, fait des Émirats un partenaire central dans la projection de puissance française au Moyen-Orient. Dès les premières heures du conflit, Paris a déployé des Rafale pour protéger ses installations et, par extension, le territoire émirati face aux frappes iraniennes. Ce choix traduit moins une doctrine qu’un réflexe : sécuriser ce qui est directement sous contrôle français. Dans le même temps, les Émirats ont bénéficié d’un soutien international massif, notamment de la part d’Israël, qui a contribué à renforcer leur défense antimissile dans un contexte d’escalade régionale. Abou Dhabi apparaît ainsi comme un partenaire intégré dans un système de sécurité plus large, structuré autour des États-Unis et de leurs alliés.
À l’inverse, la situation du Qatar révèle un décalage difficile à justifier. Doha a pourtant été directement visée, notamment avec des frappes sur des installations stratégiques comme la base d’Al-Udeid, cœur du dispositif militaire occidental dans la région, ou encore le complexe gazier de Ras Laffan. Mais face à cette menace, le soutien concret apporté au Qatar a été limité. Ce sont principalement le Royaume-Uni et l’Italie qui ont contribué à la défense active du pays et à la sécurisation des routes stratégiques comme le détroit d’Ormuz. Rome a ainsi déployé des capacités de défense aérienne, renforcé les systèmes de détection et apporté un appui opérationnel tangible.
La France, elle, est restée en retrait. Certes, Paris a multiplié les déclarations de solidarité et affirmé sa disponibilité à soutenir ses partenaires du Golfe « en fonction de leurs besoins ». Mais dans les faits, l’engagement auprès du Qatar apparaît marginal. Et ce, alors même que la relation bilatérale est ancienne, structurée et dense. Depuis 1994, un accord de défense lie les deux pays, complété par une coopération militaire étroite, des exercices conjoints, des ventes d’armement majeures, notamment les Rafale, et des échanges réguliers entre états-majors. Surtout, les intérêts économiques français au Qatar sont considérables, qu’il s’agisse d’énergie, d’investissements ou de grands contrats industriels.
C’est précisément ce point qui rend la posture française encore plus difficile à comprendre. La France ne peut pas être accusée ici de privilégier une diplomatie purement guidée par ses intérêts économiques, puisque ceux-ci sont aussi significatifs au Qatar. Elle donne au contraire le sentiment de naviguer à vue, sans ligne claire, oscillant entre ses partenaires sans assumer de véritable stratégie régionale. Ce décalage entre discours et réalité met en lumière une constante de la politique étrangère française : une difficulté à définir et à tenir une ligne cohérente dans la durée. La France dispose pourtant de partenaires solides dans la région, de relais historiques, d’une présence militaire et d’une crédibilité encore réelle. Mais au lieu de consolider ces atouts, elle semble parfois chercher des équilibres incertains, voire des alliances secondaires difficilement lisibles.
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Cette incohérence affaiblit profondément la crédibilité française aujourd’hui. Comment prétendre incarner une puissance de médiation ou d’équilibre lorsque l’on apparaît incapable de hiérarchiser clairement ses engagements ? Comment défendre un multilatéralisme exigeant tout en donnant le sentiment d’une politique étrangère à géométrie variable, non pas stratégique mais subie ? La guerre en Iran agit ici comme un révélateur brutal. Elle met à nu une diplomatie française qui se veut subtile mais apparaît surtout désorientée. Dans un Moyen-Orient en recomposition rapide, où les alliances se redessinent à marche forcée, cette absence de cap n’est plus une prudence. C’est une faiblesse
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe géopolitique relations internationales, directeur de l’Institut Géopolitique Européen (IGE), associé au CNAM Paris (Équipe Sécurité Défense), à l’Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse). Consultant médias et chroniqueur.
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