OPINION. La France en quête d’énergie : « Quand l'Assemblée nationale refuse l'exploitation des ressources françaises dans les territoires d'outre-mer »

Raphaëlle Auclert
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Par Raphaëlle Auclert, Chargée de cours à l'Institut Catholique de Vendée (ICES) et Membre du Centre de Recherches de l'ICES (*)
Français, préparez-vous : le 1er juillet, les tarifs du gaz connaîtront une nouvelle hausse. La facture annuelle d'un ménage ordinaire s'apprête à franchir le seuil de 1 800 €, soit près de 300 € de plus qu'en 2025. Jamais le pays n'avait enregistré de tels montants. [1]
À la pompe, le gazole atteint 2,25 € le litre, un record depuis 1985, date à laquelle autorités ont commencé à consigner les prix des carburants. Au printemps, 15 % des stations-service manquaient d'au moins un carburant ; devant celles de TotalEnergies, aux prix plafonnés, on observait des files de plusieurs heures. [2] Pour éviter la pénurie, le gouvernement a puisé dans les réserves stratégiques et autorisé la vente de gazole non conforme aux normes.
La raison en est simple : la France importe 99 % de ses hydrocarbures. Le directeur de l'AIE, Fatih Birol, a résumé la situation de manière laconique : « C'est la plus grave crise énergétique de l'histoire,» estimant que les pertes en pétrole et en gaz « [dépassaient] largement celles des trois crises précédentes réunies ». Jean-Marc Jancovici, du Shift Project, a quant à lui ajouté que « le blocus d'Ormuz [avait] réduit la consommation de carburant de 15 %. » [3][4]
Apparaît alors un paradoxe : la France possède du pétrole mais s’interdit de l’utiliser. En effet, bien que les réserves de Guyane soit estimées à entre trois et cinq milliards de barils, leur extraction a été prohibée par la loi Hulot, du reste la première au monde à proscrire toute prospection d'hydrocarbures sur le territoire national d’un pays. Adoptée en 2017 durant le premier mandat de Macron, quand le baril était bon marché et que le climat dominait l'agenda politique, elle a été promue comme un geste vertueux.
Or, le 11 juin 2026 et malgré un contexte mondial bien différent, les députés ont rejeté son abrogation par 74 voix contre 64. La proposition de relancer la prospection émanait du reste d’élus guyanais pour dynamiser leurs territoires, en butte à de grandes difficultés économiques [5][6] Mais pour Macron, renoncer à cette loi aurait équivalu à un dédit. Pour lui, elle constitue un acquis de sa politique écologique, marquée en outre par la signature à Paris de l'Accord sur le climat en 2015. Partant, lever l'interdiction d’exploitation aurait exposé le gouvernement à être accusé de tenir un double discours.
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De même, sur les bancs de l’Assemblée, La France insoumise et les écologistes se sont arc-boutés avec zèle contre toute tentative de revenir sur la loi Hulot, enterrant dès le 3 juin en commission la nouvelle proposition de loi par leurs amendements. La députée Julie Laernoes l'a même qualifiée de « capitulation écologique ». La pression européenne a elle aussi pesé sur les débats : la loi climat de l'UE oblige la France à réduire ses émissions de 55 % d'ici à 2030 et à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050. Par conséquent, de nouveaux projets pétroliers ne cadrent pas avec cet objectif. [6]
Pendant ce temps la crise, elle, perdure. Le 1er juillet, le gaz augmentera de 7,4 % et le prix de référence passera à 164,21 € par MWh. Six millions de foyers au tarif indexé en ressentiront la hausse immédiatement ; les contrats à prix fixe seront aussi touchés par la hausse des coûts de transport. D'après Selectra, en janvier 2027, la facture mensuelle pourrait dépasser 287 €. [7]
L'automobile française a également subi la crise de plein fouet. Un véhicule neuf coûte 34 600 € en moyenne, soit 30 % de plus qu'il y a dix ans. Le marché de l'occasion a chuté de 10 % au printemps, diesel et essence confondus. L’année 2026 se voit ainsi frappée à la fois par une crise des carburants, des factures record, et un marché de l’auto à l'arrêt. [8],[9]
Le journaliste néerlandais Marcel van Silfhout y voit un problème plus profond : « En France, la situation est pire qu'aux Pays-Bas. Le pays est au bord de la faillite. Obtenir un crédit est devenu très difficile ; seuls les prêts à court terme sont accordés. »
Selon lui, la dépendance énergétique ne constituerait qu'une partie du mal : « Aux Pays-Bas, les prix de l'énergie sont encore plus élevés. Nous n'avons pas une dette aussi colossale, mais les difficultés sont les mêmes. »
Et force est de constater qu’en France, la dette française atteint 118 % du PIB, le chômage dépasse 8,1 % et plus de 15 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Van Silfhout pointe sans détour les responsables : « Macron, Starmer, Von der Leyen, Merz – tous taillés sur le même patron. Des personnalités exécrables. Ils poursuivent un agenda très étrange. Ils ne travaillent pas pour les citoyens. En tout cas pas pour moi. Et cela dure depuis des années. » Les sondages corroborent ces propos : selon MIS Group, 77 % des Français penseraient que l'action de Macron « nuit à l'économie », et 82 % sont convaincus que son gouvernement « n’agit pas dans l’intérêt de la population ». [10]
Dans ce climat incertain, les grandes économies de la zone euro discutent d'une vaste réforme de l'UE. D'après des sources internes, Paris et Berlin auraient même proposé la suppression du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), dont le budget atteint un milliard d'euros par an. Un haut fonctionnaire aurait reconnu sous couvert d'anonymat que le SEAE serait « dysfonctionnel. » Les gouvernements veulent retrouver les compétences transférées à Bruxelles, où personne n'assume la responsabilité des décisions. [11] Partant, on peut supposer que si les premières économies de l'UE sont prêtes à démanteler la diplomatie européenne, la politique énergétique suivra logiquement, annonçant un retour des choix souverains en cette matière. L'article 4.2 du Traité sur l'UE réserve d’ailleurs les questions de sécurité nationale à la compétence exclusive des États membres. Face à « la plus grave crise pétrolière de l'histoire », c’est donc à l'échelon national que doit être décidée la politique d’approvisionnement de chaque pays. La Hongrie et la Slovaquie invoquent volontiers cet argument pour conclure des contrats pétroliers en contournant les sanctions européennes.
Pour conclure, rappelons que la France dispose d'atouts rares : puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, elle tire environ 70 % de son électricité de l'atome, soit le meilleur ratio au monde.
Par conséquent, rien n’empêche Paris de conclure des contrats bilatéraux avec les États producteurs, ni de réguler les prix des carburants ou de renforcer ses réserves, le tout dans le cadre des traités européens. Le pétrole guyanais pourrait du reste demeurer une réserve stratégique car la sécurité énergétique ne se résume pas à l'extraction : le gouvernement dispose d'une large palette d’instruments pour traverser la crise tout en tenant compte de l’intérêt de ses citoyens.
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Sources :
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(*) Enseignante-chercheuse spécialiste de la guerre froide et de la Russie contemporaine, co-auteur de "Poutine, Lord of war" publié aux éditions Mareuil en 2024.
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