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OPINION. « La véritable peur de l'Iran n'est pas la guerre... C'est la paix »

Hamid Enayat

Publié le 09 juillet 2026 à 10:49

Hamid Enayat

Hamid Enayat

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Par Hamid Enayat, politologue spécialiste de l’Iran

Quelques jours après un nouveau rapprochement avec Washington, Téhéran s'est retrouvé de nouveau au cœur d'une confrontation militaire dans le Golfe. Au-delà de cet épisode, une question demeure : la République islamique est-elle capable de survivre politiquement à une paix durable avec les États-Unis ?

La plupart des responsables occidentaux considèrent qu'une détente entre Washington et Téhéran favoriserait la stabilité régionale. Ils ont probablement raison. Mais ils sous-estiment souvent la logique interne d'un régime dont une partie de la survie repose sur la permanence de la confrontation.

Depuis plus de quarante ans, le slogan « Mort à l'Amérique », scandé chaque semaine lors des prières du vendredi, n'a pas seulement défini une orientation diplomatique. Il a contribué à construire un récit politique fondé sur l'existence d'un ennemi permanent. En 2015, Ali Khamenei affirmait lui-même que ce slogan était « fondé sur la raison et la sagesse ».

Cette représentation d'une menace constante a servi à justifier les mesures sécuritaires exceptionnelles, la répression des opposants et la mobilisation des partisans du régime. La survie du pouvoir n'a pas seulement dépendu du contrôle de la société, mais aussi de la conviction entretenue chez ses propres soutiens que l'Iran vivait sous un danger permanent.

Les régimes autoritaires gouvernent rarement par le seul consentement. Ils s'appuient sur un état d'urgence permanent qui rend acceptables les postes de contrôle, la surveillance, les restrictions d'Internet, les arrestations arbitraires et le déploiement massif des forces de sécurité.

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L'Iran illustre aujourd'hui cette logique. Une partie importante de l'appareil sécuritaire reste déployée pour prévenir une nouvelle vague de contestation. Si les relations avec Washington se normalisaient réellement, une question deviendrait inévitable : pourquoi maintenir un dispositif sécuritaire d'une telle ampleur ?

La paix fragilise ainsi bien davantage que la politique étrangère. Elle remet en cause la justification politique de la répression intérieure.

Mais un autre mécanisme est en jeu. Les dictatures ne doivent pas seulement réprimer la société ; elles doivent maintenir la mobilisation de ceux qui exercent cette répression. Les régimes idéologiques ne reposent pas uniquement sur les salaires ou la discipline. Ils reposent aussi sur une croyance.

Pendant des décennies, les membres de l'appareil sécuritaire iranien ont été convaincus qu'ils défendaient la Révolution islamique contre une agression menée par les États-Unis et relayée par des ennemis intérieurs. Dans cette logique, réprimer des manifestants revient à défendre la nation, non à réprimer des citoyens.

Si les États-Unis cessent d'incarner l'ennemi principal pour devenir un partenaire de négociation, ce récit perd une partie de sa force. La question surgit alors : si l'ennemi d'hier devient l'interlocuteur d'aujourd'hui, quelle est encore la mission des forces chargées de la répression ?

La confrontation extérieure remplit plusieurs fonctions internes : elle légitime la répression, détourne l'attention des difficultés économiques, renforce la cohésion de l'appareil sécuritaire et entretient le climat d'urgence dont dépend le régime. Une paix durable affaiblit simultanément chacun de ces ressorts.

Dans ce contexte, deux stratégies semblent aujourd'hui s'affronter au sein du pouvoir. L'une estime que la confrontation avec les États-Unis demeure indispensable à la survie idéologique du régime. L'autre considère que la crise économique impose une normalisation partielle afin d'éviter une déstabilisation interne.

Les deux courants poursuivent pourtant le même objectif : préserver la République islamique. Leur désaccord porte sur les moyens d'y parvenir. Cette contradiction explique pourquoi Téhéran semble alterner négociation et confrontation, cherchant à obtenir un répit économique sans renoncer aux tensions qui nourrissent sa logique de pouvoir.

La véritable question n'est donc pas de savoir si la paix serait bénéfique au peuple iranien. Elle le serait très probablement. La question est de savoir si le régime peut survivre politiquement aux conséquences d'une paix véritable.

Pour les Iraniens, la paix pourrait ouvrir un espace à l'expression politique, à la reprise économique et au renouveau de la vie civique. Pour la République islamique, en revanche, elle risque de fragiliser les mécanismes idéologiques et sécuritaires qui ont assuré sa pérennité pendant plus de quatre décennies. Son défi stratégique n'est peut-être plus de survivre à la guerre, mais de survivre à la paix.

Hamid Enayat

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