OPINION. « Intelligence artificielle : fausse amie de la productivité ? »
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François-Xavier de Saboulin Bollena
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Par François-Xavier de Saboulin Bollena, associé chez Colombus Consulting (*)
Depuis plusieurs mois, les annonces d’investissements massifs dans l’intelligence artificielle se succèdent, avec des budgets considérables de la part des grandes entreprises. Pour la majorité d’entre-elles, l’équation semble évidente : pour rester compétitif, il faudrait aller vite, investir davantage et adopter ces technologies avant leurs concurrents. Mais cette lecture, aussi intuitive soit-elle, est incomplète.
Car contrairement à la promesse largement répandue, l’IA ne réduit pas nécessairement le travail : elle tend au contraire à en intensifier le volume, le rythme et les exigences, en élargissant le périmètre des tâches et en élevant les standards attendus. Dans les faits, l’intelligence artificielle ne change pas seulement la stratégie digitale et l’outillage technologique des entreprises : elle est en train de transformer beaucoup plus profondément ce qui fait leur performance.
Pendant des décennies, les organisations ont été construites autour d’une contrainte centrale : la production est contraignante, dans le sens où elle est soumise à de nombreux paramètres organisationnels, physiques et technologiques. Le concept d’agilité lui-même s’est développé pour optimiser un monde dans lequel la capacité de production était limitée. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, produire devient de plus en plus simple, rapide et accessible. Ce qui nécessitait hier plusieurs semaines peut aujourd’hui être réalisé en quelques heures, et par des équipes réduites. Le coût marginal de production diminue, la vitesse d’exécution augmente et les barrières techniques s’effondrent progressivement.
Très concrètement, les entreprises pourront développer des fonctionnalités en continu, lancer des expérimentations à grande vitesse et faire évoluer leurs produits presque en temps réel. Mais dans le même temps, les autres fonctions (marketing, produit, stratégie ou juridique) devront absorber un volume de décisions, de validations et d’arbitrages sans précédent. Le goulot d’étranglement se déplace.
Les premiers signes de ce basculement sont déjà visibles. Selon le dernier rapport de la société Gallup, seulement 12 % des salariés déclarent que l'IA a transformé la façon dont le travail s'organise au sein de leur entreprise…
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En matière de déploiement d’outils IA, les initiatives se multiplient, mais la cohérence globale devient plus difficile à maintenir. Les risques augmentent, notamment en matière de sécurité, de qualité ou de conformité, car les erreurs se propagent à la même vitesse que la production. Dans ce contexte, investir massivement dans l’intelligence artificielle ne suffit pas.
Aujourd’hui, il ne s’agit donc plus seulement d’intégrer de nouveaux outils, mais de reconstruire les fondations mêmes de leur fonctionnement. Cela suppose de structurer un nouveau cadre, un véritable « système d’orchestration », capable de maintenir un flux continu entre l’idéation, la décision, la production et le contrôle. Ce cadre reste largement à inventer.
C’est pourquoi les entreprises qui tireront réellement parti de l’intelligence artificielle ne seront pas nécessairement celles qui investissent le plus dans les outils, mais celles qui investissent le plus dans leur capacité à fonctionner différemment. Celles qui rééquilibrent leur chaîne de valeur, qui font évoluer leurs rôles, qui transforment leur culture, et enfin, celles qui repensent leurs modes de pilotage pour fonctionner dans un monde plus rapide, plus incertain et plus abondant.
La course à l’intelligence artificielle est lancée. Mais ce ne sont pas les entreprises les plus rapides qui gagneront. Ce sont celles qui sauront transformer en profondeur leur manière de décider, d’organiser et d’agir. Parce qu’au fond, le véritable enjeu de l’IA n’est pas technologique. Il est profondément humain.
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(*) François-Xavier De Saboulin Bollena accompagne aussi bien des entreprises du CAC 40 sur des plans de transformation ambitieux que des start-up dans leur phase d’expansion. Ses sujets de prédilection sont l’innovation, les nouveaux modes de travail, la communication, la conduite du changement et l’agilité des organisations. Il intervient également régulièrement sur des projets de déménagement alliant des enjeux opérationnels à des enjeux culturels.Il a fondé en 2018 « La Colombus School », l’offre de formation de Colombus Consulting dédié aux nouveaux modes de travail et de management. Dans ce cadre, il construit et dispense les programmes de formation à l’innovation et à l’agilité en entreprise.
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