OPINION. « Villes de demain : faire des infrastructures le système nerveux des espaces urbains »
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Gwenola Chambon, Sadie Morgan, Erik Jones, Andris Piebalgs et Connie Hedegaard
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Gwenola Chambon, Sadie Morgan, Erik Jones, Andris Piebalgs et Connie Hedegaard
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Par le Comité stratégique d’InfraVision: Gwenola Chambon (CEO et co-fondatrice de Vauban Infrastructure Partners), Sadie Morgan (fondatrice du cabinet d’architectes dRMM), Erik Jones (Directeur au Centre Robert Schuman), Andris Piebalgs (ancien Conseiller auprès du Président de la Lettonie et ancien Commissaire européen à l’Énergie), et Connie Hedegaard (ancienne Commissaire européenne à l’action climatique, Présidente de la mission de l’UE sur l’adaptation au changement climatique) (*)
Depuis les premières sociétés sédentaires, les infrastructures structurent les dynamiques spatiales, économiques et sociales des villes et constituent l’ossature opérationnelle sur laquelle repose le fonctionnement des systèmes urbains et de leurs interrelations. Une étude publiée en 2022 par l’archéologue Richard Hansen a ainsi mis en évidence l’existence, dès environ 1000 av. J.-C., d’un vaste ensemble de 417 cités mayas reliées par des réseaux structurés de routes – susceptibles de constituer le tout premier réseau autoroutier de l’histoire – ainsi que de systèmes hydrauliques sophistiqués.
Le dernier rapport du think tank InfraVision, ‘Cities of Tomorrow : Reimagining Urban Infrastructure’, réalisé avec le cabinet Altermind et publié en novembre 2025, prolonge cette lecture historique dans un contexte contemporain. Il souligne l’urgence de repenser, dès à présent, notre approche des infrastructures afin de permettre aux villes de relever les grands défis du XXIᵉ siècle – urbanisation, dynamiques démographiques, transition écologique et énergétique, vieillissement des réseaux existants, inégalités croissantes, etc.
Sans surprise, le changement climatique s’impose comme un enjeu central, dont le coût de l’inaction ne cesse de croître à mesure que les décisions sont différées. Une étude menée en 2020 par Abadie, Sainz de Murieta et Galarraga a évalué les dommages économiques potentiels liés à l’élévation du niveau de la mer dans 62 villes côtières de la péninsule ibérique, en Espagne et au Portugal, sur la période 2020–2100. Les résultats sont sans appel. Dès 2030, les pertes cumulées moyennes dépasseraient 1,7 milliard d’euros et certaines villes apparaissent particulièrement exposées : en l’absence de mesures d’adaptation, Bilbao, Valence et Barcelone figurent parmi les zones côtières où les pertes économiques cumulées seraient les plus élevées, et à long terme, les coûts de l’adaptation resteraient inférieurs à ceux de l’inaction.
Face à des impacts systémiques qui touchent simultanément les infrastructures et les équilibres économiques, une réponse fragmentée ne peut dès lors être efficace. Il est essentiel de dépasser une vision en silos des infrastructures, au profit d’une approche intégrée qui prenne en compte les interactions entre réseaux, usages et modes de gouvernance. Autrement dit, il s’agit de concevoir des systèmes à la fois adaptatifs, intelligents et résilients, capables de répondre aux besoins actuels tout en anticipant ceux de 2050. Les infrastructures du XXIᵉ siècle ont dès lors vocation à agir comme le système nerveux de nos sociétés et non plus comme leur colonne vertébrale. Dans le cadre des travaux menés par InfraVision, Philippe Aghion (Prix Nobel d’économie en 2025) souligne à ce titre que « le progrès technique se diffuse d’autant plus efficacement qu’il trouve, dans les villes, des infrastructures capables de l’absorber, de l’adapter et de le recombiner. C’est souvent à ce niveau que se jouent les trajectoires de croissance et de résilience ».
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Cette ambition suppose avant tout de reconnaître la diversité des villes et la nécessité d’adapter les réponses aux contextes locaux. C’est dans cette perspective qu’InfraVision a enrichi ses travaux par une démarche prospective, en organisant un concours consacré à la conception des villes de demain, réunissant des étudiants issus de disciplines variées — urbanisme, architecture, ingénierie, politiques publiques ou encore sciences sociales. Près de 100 projets, provenant de 42 pays, ont ainsi été présentés, chacun proposant une lecture « sur-mesure » des enjeux urbains et un éclairage unique sur la manière de construire des villes durables. Comme l’explique Sadie Morgan, architecte et présidente du Jury, « nous souhaitions que chaque projet présente des solutions concrètes pour des projets d’infrastructure existants, avec une vision à long terme alliant innovation, organisation des réseaux et stratégies de gouvernance. La diversité des points de vue a montré tout l’intérêt de confronter des expertises et des contextes culturels différents ». A cet égard, le concours a mis en évidence que le smart n’est pas une finalité en soi, mais bien un outil au service de l’essentiel : une ville durable qui privilégie le lien social et le développement d’espaces de vie sains.
Dans tous les cas, pour « réussir », la condition sine qua non sera la capacité des décideurs publics locaux à adopter une vision de long terme et dépasser la « tragédie des horizons » — notion popularisée par Mark Carney en 2015, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre, pour désigner des risques systémiques dont les effets se déploient bien au-delà des horizons de décision des acteurs économiques, financiers et politiques. Cette complexité résonne particulièrement à l’approche des élections municipales de mars 2026 en France qui replacent les collectivités locales au cœur des choix d’investissement structurants.
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(*) Gwenola Chambon est la PDG et Associée Fondatrice de Vauban Infrastructure Partners. Avec 30 ans d’expérience dans les infrastructures européennes, Gwenola possède une connaissance approfondie du secteur, ayant travaillé sur des projets pionniers de partenariats public-privé (PPP) et des acquisitions stratégiques dans des domaines tels que les infrastructures numériques, les compteurs intelligents et les actifs de transport. Avant de fonder Vauban, elle a occupé des postes de direction chez Galaxy Fund, CFIG et BNP Paribas. Gwenola siège aux conseils d’administration de grandes entreprises d’infrastructure européennes et participe activement à des groupes clés du secteur, notamment le Groupe d’Experts sur les Infrastructures de la Commission européenne et le comité consultatif des PRI. Elle est également responsable des cours de financement de projet dans le cadre du Master en Financements Complexes de l’ESSEC et contribue à des groupes de travail avec l’EFAMA, l’AFG et l’AFIC. En 2024, elle a été nommée Présidente de la Commission Infrastructure de France Invest et a dirigé le parrainage par Vauban de la Chaire Women in Finance à l’ESCP Business School, illustrant ainsi son engagement en faveur de la diversité et du développement durable. Gwenola est également Présidente de la Philharmonie de Paris.
Andris Piebalgs est un homme politique letton expérimenté qui a occupé des postes clés dans les domaines politique national et européen. Commissaire européen chargé du développement à la Commission européenne de 2010 à 2014. Entre 2004 et 2009, il a occupé le poste de commissaire chargé de l’énergie. À ce titre, il a dirigé le développement d'un système énergétique européen plus compétitif, durable et sûr, qui constitue l'une des plus grandes réalisations de la Commission Barroso I. Ce faisant, il a contribué à placer les questions énergétiques au cœur de l'élaboration des politiques de l'UE. En reconnaissance de son leadership dans le domaine de la politique énergétique européenne, le magazine The Economist lui a décerné le titre d'« Eurocrate de l'année » en 2007. En 2009, Andris Piebalgs a reçu le « Prix Diamant » de la Chambre de commerce régionale de Katowice (Pologne) pour son travail dans l'élaboration d'une politique énergétique européenne cohérente pour les générations futures. En 2009, le Forum mondial sur l'efficacité énergétique lui a décerné le prix « Energy Efficiency Visionary Awards » pour sa « contribution exceptionnelle à l'amélioration de l'efficacité énergétique ».
Connie Hedegaard a été commissaire européenne chargée de l'action pour le climat de 2010 à 2014, période durant laquelle elle a mené les négociations en vue de l'adoption du cadre européen en matière de climat et d'énergie à l'horizon 2030. En tant que commissaire européenne, elle était également responsable de la feuille de route 2050 pour la transition vers une économie à faible intensité de carbone et représentait l'UE dans les négociations internationales sur le climat.
Erik Jones est directeur du Centre Robert Schuman pour les études avancées à l'Institut universitaire européen. Le professeur Jones est l'auteur de The Politics of Economic and Monetary Union (2002), Economic Adjustment and Political Transformation in Small States (2008), Weary Policeman: American Power in an Age of Austerity (2012, avec Dana H. Allin) et The Year the European Crisis Ended (2014). Il est rédacteur en chef ou co-rédacteur en chef d'ouvrages et de numéros spéciaux de revues sur des thèmes liés à la politique européenne et à l'économie politique, notamment The Oxford Handbook of the European Union (2012) et The Oxford Handbook of Italian Politics (2015). Le professeur Jones est co-rédacteur en chef de Government & Opposition et rédacteur en chef adjoint de Survival. Ses commentaires ont été publiés dans le Financial Times, le New York Times et d'autres grands journaux et magazines en Europe et en Amérique du Nord.
Sadie Morgan est l'une des directrices fondatrices de dRMM, aux côtés d'Alex de Rijke et Philip Marsh. Bien qu'elle ne participe plus aux activités quotidiennes, Sadie continue d'être l'ambassadrice du studio. En tant que championne du design, Sadie occupe plusieurs fonctions consultatives, notamment celle de présidente du comité indépendant de conception pour le projet High Speed Two et celle de membre de la commission nationale des infrastructures (NIC). Elle a joué un rôle déterminant dans la création du groupe de conception de la NIC, qui placera le design au cœur de tous les nouveaux projets d'infrastructure majeurs. En 2017, Sadie a été choisie comme porte-parole du maire pour la Greater London Authority et est devenue directrice non exécutive de la Major Project Association. Elle est directrice non exécutive de U+I, où elle supervise la mise en œuvre des engagements de l'entreprise en matière d'engagement communautaire dans le cadre de projets PPP. En 2019, Sadie Morgan a été nommée membre du conseil d'administration de Homes England, l'accélérateur immobilier du gouvernement britannique. Elle a récemment fondé la Quality of Life Foundation, un nouvel organisme indépendant qui vise à améliorer la qualité de vie et le bien-être des personnes grâce à l'amélioration de l'environnement bâti.
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