Dans le café jouxtant le boulevard de Port-Royal où elle nous a donné rendez-vous, Maïtena Biraben croise à plusieurs reprises le regard complice de femmes qui écoutent notre conversation, attablées à quelques mètres. « Vous voyez, il y a une connexion entre nous les meufs, glisse-t-elle. On sait ce qu’on a traversé, ce que je dis parle à toute une génération. »
Une voix portée haut et fort dans Mesdames, le média qui raconte les femmes de plus de 45 ans, lancé le 2 mai 2024 sur YouTube et les réseaux sociaux. Rencontre sans fard.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Dans une vidéo postée début avril sur Mesdames, vous avez révélé avoir été diagnostiquée autiste. Vous attendiez-vous à autant de réactions ?
MAÏTENA BIRABEN – J’ai reçu des milliers de messages de femmes me disant merci, mais aussi des commentaires désagréables. L’autisme, c’est comme la corrida ou la fourrure, tout le monde a un avis tranché. Je m’entends dire par des gens qui font du pain ou fabriquent des tables que je ne suis pas autiste. L’image que beaucoup en ont, c’est Rain Man ou un enfant non verbal qui crie et à qui il faut mettre un casque sur la tête. Enfant qui n’est d’ailleurs jamais une fille, c’est dingue…
Mon handicap est invisible et la télé était pour moi une « safe place », tout y était prévu avec un « conducteur ». Sans cadre, je suis complètement démunie. Il y a un an, quand la psychologue clinicienne a posé le diagnostic, je me suis pris un bus. En sortant du rendez-vous, je suis allée m’asseoir dans l’espace vert le plus proche, un cimetière, j’étais profondément triste de découvrir qui j’étais à 57 ans. Ça voulait dire que la manière dont j’avais jusqu’à présent perçu le monde – notamment mes parents et mes enfants – était fausse.