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« Être le fils de Serge Gainsbourg, c'est un sacré poids à porter » : les confessions de Lulu Gainsbourg

Rémi Jacob

Publié le 10 mars 2026 à 10:00

Ce 10 mars, Le Grand Échiquier diffusé sur France 2 sera consacré à Serge Gainsbourg, en présence de son fils, Lulu.

Ce 10 mars, Le Grand Échiquier diffusé sur France 2 sera consacré à Serge Gainsbourg, en présence de son fils, Lulu.

Jack Tribeca/Bestimage

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N142 ● 21 juin 2026

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ENTRETIEN — Le « Grand Échiquier » de France 2 rend hommage à Serge Gainsbourg, en présence de son fils, Lulu. 35 ans après la mort de son père, il se confie sur l’héritage artistique et cette filiation aussi inspirante qu’encombrante.

Ses réponses sont glissées à voix basse et ponctuées de longs silences, presque comme s’il s’excusait d’être là. « J’ai la même timidité que mon père mais sans son côté provoc ; ça, je lui laisse volontiers », résume, pince-sans-rire, Lulu Gainsbourg.

À 40 ans, le fils de Serge Gainsbourg – né également Lucien – s’est fait violence pour participer à l’enregistrement du « Grand Échiquier », diffusé ce mardi 10 mars sur France 2 (lire l'encadré) : « Au départ, quand on me l’a proposé, dans ma tête, c’était évidemment non ! Puis j’ai appris que Benjamin Biolay allait être là. C’est avec lui que j’ai eu ma première expérience en studio en 2001 [Benjamin Biolay avait réalisé le duo avec Lulu et sa mère Bambou sur le titre "Ne dis rien"]. Ça m’a convaincu. »

Grand bien lui en a pris. À la clé : une reprise tout en délicatesse de la chanson « L’Eau à la bouche » (1960) en guise d’hommage à son paternel, disparu il y a tout juste trente-cinq ans.

Un atavisme musical qui saute aux oreilles

« Ça fait bizarre de le dire, mais c’était un génie, lâche-t-il, passablement gêné de prononcer ce mot qui sonne pourtant comme une évidence. C’est dingue d’avoir marqué autant de générations, les Français ne l’oublieront jamais. C’était un artiste aussi doué pour la musique que pour l’écriture, la peinture ou la photographie. Avec une histoire personnelle très lourde, à l’image de cette étoile jaune qu’il a dû porter quand il était enfant. »

Une « étoile de shérif sur le cœur », comme la qualifiait avec sa dérision ashkénaze Serge Gainsbourg, dans l’une des rares interviews où il avait accepté d’évoquer cette humiliation indélébile. Cet inclassable était également doté d’un très grand recul sur lui-même, embraie Lulu. « Il disait “quand Gainsbarre se bourre, Gainsbourg se barre”, c’est très fort de faire des jeux de mots sur ses propres noms et démons. »

 Ça fait bizarre de le dire, mais c’était un génie.
Lulu Gainsbourg à propos de son père, Serge

L’atavisme musical ? Impossible de le louper tant il saute aux oreilles. Le même timbre de voix, une créativité tout aussi foisonnante et un CV long comme le piano Bechstein que Serge lui a acheté quand il a commencé la musique à 4 ans, un instrument qui trône toujours dans l’appartement de sa mère.

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Récap express : le Conservatoire de Paris à partir de 7 ans, puis le prestigieux Berklee College of Music de Boston, des compositions pour d’autres artistes dont Marc Lavoine. Mais également des titres interprétés lui-même, comme l’EP Nuit infinie, sorti l’automne dernier.

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« Il évoque mon côté insomniaque, je tiens ça de mon papa. J’explore ici des sonorités pop et électro. Je suis également en train de finaliser un album où je reviens à quelque chose de plus rock, comme dans mes précédents disques "Lady Luck" et "T’es qui là ?" [sortis en 2015 et 2017]. J’espère qu’il verra le jour avant la fin de l’année. »

Un héritage pesant

À l’instar de son père, notre homme possède une oreille qui ausculte les notes avec une précision chirurgicale. « Ma mère m’a raconté que le jour où il est mort je me suis assis spontanément au piano. J’avais seulement 5 ans et, en un après-midi, j’ai retrouvé à l’oreille les thèmes qu’il me jouait très souvent, comme Popeye ou Les Trois Petits Cochons. »

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Au fil de la discussion, on entrevoit également à quel point cet héritage peut se révéler pesant au quotidien. « Ça dépend des moments, c’est comme la météo : parfois il fait beau et parfois non, confie Lulu Gainsbourg, tout en pudeur. Bien sûr que je suis très heureux qu’on lui rende tant d’hommages. Il passait sa vie en studio ainsi qu’à écrire pour les autres. C’était un gros bosseur, le garçon, faut pas déconner ! Je pense qu’il serait content qu’on parle encore autant de lui aujourd’hui. Mais être son fils, c’est aussi un sacré poids à porter. Parfois, c’est très lourd pour les épaules et le moral. »

J’ai eu du mal à trouver ma propre identité et, d’ailleurs, je la cherche encore intérieurement. Mais aujourd’hui, je suis en paix avec cette filiation.

Un fardeau lesté par l’image que lui renvoient en permanence les autres. À commencer par les journalistes. « Pourquoi toujours préciser que je suis son fils ? On est tous l’enfant de son père. Pourquoi rappeler inlassablement que j’étais le petit garçon de 2 ans qui est monté sur la scène du Zénith de Paris lors de l’un de ses concerts ? Ça fait trente ans que je l’entends, cette histoire… Aujourd’hui, le petit Lulu, il a 40 ans ! J’avance comme je peux. J’ai eu du mal à trouver ma propre identité et, d’ailleurs, je la cherche encore intérieurement. Mais aujourd’hui, je suis en paix avec cette filiation. Sinon, je ne ferais pas ce métier. » 

Une œuvre indémodable
Très réussi, ce numéro du Grand Échiquier illustre la richesse et l’empreinte du répertoire de Serge Gainsbourg. « Il est comme un “parrain” pour la chanson française, estime sa présentatrice, Claire Chazal, qui accueille sur le plateau des artistes de toutes les générations. Ça va de Mosimann, qui est DJ, à Salvatore Adamo en passant par Barbara Pravi et Abd al Malik. »
Ce dernier nous file les poils lors de son interprétation de « Je suis venu te dire que je m’en vais », avec la complicité de l’Orchestre de l’Opéra royal de Versailles, dirigé par Victor Jacob. « Il y avait chez Serge Gainsbourg un tel travail sur le rythme, ça n’est pas pour rien qu’il a inspiré autant de rappeurs, que ce soit MC Solaar ou IAM, qui a samplé "Requiem pour un con" », explique Abd al Malik dans l’émission. « Il avait beau dire que la chanson était un art mineur, il l’a portée très haut », glisse Claire Chazal.

Rémi Jacob

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