Chahdortt Djavann, sur son roman « Un violeur attentionné et délicat » : « Ce livre venge la petite fille emprisonnée à 12 ans ! »

Propos recueillis par Aurélie Marcireau

Chahdortt Djavann, le 19 juin 2018.
LTD/DR/Jean-Francois PAGA/opale

Propos recueillis par Aurélie Marcireau

Chahdortt Djavann, le 19 juin 2018.
LTD/DR/Jean-Francois PAGA/opale
Le business des Miles, moteur insoupçonné de la rentabilité d’Air France-KLM
L'Irlande fait basculer le PIB de la zone euro dans le rouge
« Nous pensions être face à une crise conjoncturelle. Elle est devenue structurelle » : Lavazza pris dans la tempête du marché du café
Aux États-Unis, l’épargne s'effondre à des niveaux historiques
Sabah Abouessalam-Morin : « À Edgar Morin, l’homme de ma vie »
Engie va supprimer environ 1 000 postes dans ses fonctions support d’ici à 2028
Dans ce dixième roman, Un violeur attentionné et délicat, la romancière franco-iranienne Chahdortt Djavann, qui a quitté l’Iran à l’âge de 23 ans, se met dans la peau d’un dignitaire du régime des mollahs condamné à perpétuité. Cela donne un monologue très troublant dans lequel il raconte une enfance malheureuse, un amour pour sa demi-sœur qui se transforme en haine des femmes puis l’ascension dans le régime théocratique jusqu’à devenir juge notamment de jeunes femmes qu’il vient visiter en prison… Quand on la rencontre, l’écrivaine s’excuse pour les larmes qui roulent sur ses joues.
LA TRIBUNE DIMANCHE – On ressort perturbé de la lecture du roman car votre personnage est monstrueux mais peut aussi provoquer de l’empathie. Pourquoi avoir choisi ce narrateur ?
CHAHDORTT DJAVANN — J’ai voulu que ce livre soit perturbant. Depuis vingt-quatre ans, j’écris sur la barbarie de ce régime islamique qui viole et assassine les gamines. On m’a toujours dit que j’exagérais, que je noircissais le tableau. Jusqu’en 2022. Là, enfin, le monde entier a vu la monstruosité ! Il n’y a pas de modérés ni de réformateurs dans ce régime mais uniquement des criminels idéologisés, trafiquants de drogue et d’organes humains.
Pour ce livre, je me suis dit qu’il était temps que je passe de l’autre côté et que je me glisse dans la peau des tortionnaires. C’était me faire une violence inouïe. Ce livre a pour objectif de faire comprendre comment un système totalitaire islamique fait tout pour annihiler l’humain et le rendre complice de l’inimaginable.
Comment fait-il ?
Tout le monde a des blessures et des ressentiments, mais les islamistes parviennent à les utiliser et les pervertir ; d’abord par la morale islamique qui permet de contourner la libido contre la personne même et contre l’être aimé. Puis par l’idéologie islamique qui projette cette haine sur l’autre. La jalousie, la bassesse humaine n’ont pas été inventées par les ayatollahs mais ils savent les instrumentaliser.
Pour qu’un tel régime criminel perdure quarante-sept ans, il a fallu que beaucoup collaborent d’une manière ou d’une autre. J’ai été arrêtée avant mes 13 ans. Sous la violence des coups que j’ai reçus dans ma cellule, j’ai dénoncé mes deux proches amies. L’une a été assassinée avec sa famille ; l’autre, après des années de prison, s’est suicidée. Je me suis dit : « Jamais, jamais, jamais, tu ne seras pas une collabo. »
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Je m’identifierais toujours à ces adolescentes iraniennes emprisonnées qui subissent les pires tortures… et qui sont plus courageuses que nos hommes politiques ici ! En condamnant à la perpétuité un tortionnaire du régime, ce livre venge la petite fille emprisonnée à 12 ans !
À la fin du récit, le narrateur demande : « Suis-je plus coupable que ceux, parmi la diaspora, qui de l’étranger ont soutenu ce régime ? Je ne sais pas… » Et vous, comment répondez-vous à cette question impossible ?
C’est aux lectrices et aux lecteurs d’en juger. Pour ce livre, je me suis notamment inspirée du procès, en Suède, d’un des dignitaires du régime : Hamid Nouri. D’une voix doucereuse, on l’entend dire : « Moi, j’aimais beaucoup les prisonniers… » Condamné à perpétuité, il a été échangé contre deux touristes pris en otages. Sitôt arrivé à l’aéroport de Téhéran, il a commencé à aboyer :« Les Occidentaux, on va vous déchirer… »
Dans le contexte actuel, qu’espérez-vous provoquer avec ce livre ?
Le désespoir m’a poussé à écrire ce roman pour que les gens comprennent que ce régime terroriste doit être éradiqué.
Propos recueillis par Aurélie Marcireau
OPINION. « Et si la gauche française pouvait s’inspirer d’Andy Burnham ? » par Gaspard Gantzer, consultant et ancien conseiller de François Hollande
OPINION. « L'IA au service de l'humanité : le pape l'exige, l'Europe doit l'imposer », par Sandro Gozi, député européen
OPINION. « Le grand déclassement est déjà là », par Jean-Luc Ginder, économiste
Final Four de handball féminin : l’Europe parle français